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 Gouverner et administrer les sociétés coloniales

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poddichini
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Localisation : Cismonte
Thème de collection : La coloniale - uniformes, coiffures, archives
Date d'inscription : 06/08/2014

MessageSujet: Gouverner et administrer les sociétés coloniales   Mar 20 Oct 2015 - 13:34

Bonjour,

voici en partage un de mes écrits datant d'il y a 3-4 ans sur le sujet suivant : Gouverner et administrer les sociétés coloniales.
Il est évident qu'aucune utilisation ne peut être faite de cet article sans mon accord....

Poddichini.


Gouverner et administrer les sociétés coloniales


A partir du XVIIème siècle, des hommes venus de plusieurs nations européennes se lancent sur les mers à la recherche de nouveaux produits dits « exotiques », à rapporter sur le Vieux continent. Ces nouvelles terres sont devenues pour les Européens avides de voyages et de découvertes, des territoires qu'il faut conquérir et maîtriser afin qu'ils ne tombent pas sous le joug des puissances voisines. Ainsi en est-il de la lutte que se livrent sur les mers de l'océan Indien, l'East India Company, la Compagnie des Indes orientales de Grande-Bretagne, et la Vereenigde Oost-Indische Compagnie à savoir la Compagnie des Indes néerlandaises. Dès le XVIIIème siècle se met alors en place une administration de ces territoires, administration et gouvernement qui sont repris de manière officielle par le pouvoir étatique au début du XIXème siècle. Il était important pour ces États européens de maintenir un contrôle permanent, et le plus efficace possible ; car ces États, à la recherche de nouveaux produits pour leur économie, sont pourvus, selon leurs propres conceptions, d'une mission civilisatrice. Les théories raciales mises en avant au tournant des XVIII-XIXème siècles prônent la supériorité, que l'on pense alors incontestée, de la race blanche à travers le monde. Tout indigène, qu'il soit Antillais, Africain ou Asiatique, doit être le but visé par cette mission. Seulement, pour mettre en place cette théorie, il faut avoir une mainmise totale et parfaite sur le territoire à civiliser. Dès les conquêtes terminées, il s'agit pour les Européens d'imposer ou de se jouer des modes de gouvernement traditionnels, pré-coloniaux, afin de maîtriser ce que les Européens dénomment alors leurs territoires, leur empire colonial.
Cette mission de gouvernement et d'administration des sociétés nouvellement colonisées, n'est pas universellement la même dans l'ensemble des empires coloniaux européens et asiatiques. Les situations locales, en effet, ne permettent pas de mettre en œuvre une politique commune et surtout une théorie applicable partout et tout le temps. Ici, il faudra prendre en compte la grande diversité des empires coloniaux mis en place aux XIX-XXème siècles : français, britannique, hollandais, japonais etc.

I- Mettre en place une véritable administration coloniale

Au commencement de la colonisation, le rôle joué par les compagnies de commerce et les marchands était prépondérant quant à leur autorité dans les territoires nouvellement conquis ; puis ce sont les États eux-mêmes qui ont pris en main cette autorité et le contrôle des colonies, ne voulant pas laisser échapper les richesses et la puissance qu'elles procuraient, en mettant notamment en place un enseignement réservé aux futurs dirigeants des territoires, qu'ils fussent arrivés de métropole ou de territoires locaux.
Ainsi, ce sont d'abord les compagnies commerciales et les grands marchands qui prirent en main la direction des régions conquises. Outre le principal but commercial, à savoir celui de rapporter en métropole de nouveaux produits susceptibles de faire fructifier leur commerce, les produits rapidement qualifiés d'exotiques, car généralement produits dans la zone tropicale , cela contre des produits métropolitains comme les métaux par exemple. Aux Indes britanniques, au début du XIXème siècle, c'est la Compagnie des Indes orientales, l'East India Company, qui dirigea ce qu'on appellera plus tard le Raj britannique. C'est le monopole commercial accordé par la royauté à cette compagnie qui lui donnait le privilège d'étendre sa domination politique aux territoires qu'elle contrôle, notamment par le biais de présidences, une à Bombay, une à Madras et la dernière dans la région du Bengale, dans l'est du territoire. Ces présidences tiennent lieu d'autorité sur les populations locales et leurs princes, les maharadjas. Cette autorité permettait à la compagnie de récolter les impôts pesant sur les populations. Ce gouvernement par l'EIC permettait aussi de « tenir » les locaux vivant d'agriculture pour une grande majorité, mais il fut remis en question pour la première fois en 1813 avec la perte du monopole commercial, et donc l'ouverture de l'Inde aux marchands de Londres et Liverpool notamment. Le contrôle du Company Raj exercé par l'armée fut également source de remise en cause dès lors que les Cipayes, ces soldats indiens combattant pour les Britanniques, se révoltèrent en 1857. Bien que son déclenchement en fut la célèbre affaire des cartouches, lubrifiées à la graisse de porc des nouveaux fusils Enfield équipant l'armée, et donc jugées impures par les soldats musulmans et hindous, les causes sont beaucoup plus profondes et dues en partie à la mauvaise gestion des territoires par la compagnie, et d'une méfiance vis-à-vis de ces soldats. Une des conséquences en fut la perte de contrôle gouvernemental de la compagnie sur les Indes, gouvernement dès lors entre les mains du gouvernement britannique à partir de la déclaration de la Reine Victoria en décembre 1858.
Dans les Indes néerlandaises, la situation était assez similaire, et ce dès le XVIIIème siècle, où la VOC administrait les territoires indonésiens, notamment l'île de Java, et le nord de Sumatra, dans la région d'Aceh, qu'elle avait en sa possession. C'était là une politique d'entente avec les sultanats locaux qui léguaient aux hommes de la compagnie leurs politiques diplomatiques extérieure et financière. Le contrôle de la République d'Orange, puis de la République batave, était donc limité et totalement dans les mains de cette compagnie commerciale. Voici donc deux exemples qui nous montrent le rôle primordial des marchands et des grandes compagnies commerciales dans l'établissement des autorités dans les territoire colonisés.
Au fil du temps, voyant la richesse accumulée par ces compagnies, et au moment où la colonisation est plus tardive, à partir du deuxième tiers du XIXème siècle, ce sont les États qui vont prendre en charge directement le contrôle de leurs colonies. Mais ce contrôle est, dans plusieurs cas, entre les mains des militaires. En effet, plusieurs terres d'empire furent découvertes et annexées par le biais de conquêtes militaires, et où l'autorité y fut d'abord entre les mains de l'armée. Il en est ainsi notamment en Indochine française. La conquête de la Cochinchine, de l'Annam et du Tonkin, fut d'abord une affaire militaire, visant à contrôler les ports et les rivières menant à la route commerciale avec la Chine, à savoir le Mékong et le fleuve Rouge. La Cochinchine fut mise rapidement sous contrôle avec l'occupation du port de Saïgon à la fin des années 1840 ; l'Annam et le Tonkin furent en revanche des terres plus difficiles à conquérir, et à tenir du fait des rebelles annamites et tonkinois, qui occupaient l'immense jungle et mangrove, mais aussi du fait des pirates chinois présents eux aussi. Deux expéditions militaires, notamment une menée par Francis Garnier, se soldèrent par des échecs, avant qu'un puissant corps expéditionnaire mené par des soldats indigènes ne prenne les deux villes importantes de Haiphong et Hanoï, et ne place l'empereur de la cour de Hué sous son autorité. Il en est ainsi également, toujours pour le cas français, de la conquête du Maghreb. L’Algérie dès 1830, la Tunisie entre 1881 et 1883 (traité du Bardo en 1881 et convention de la Marsa en 1883), et enfin le Maroc en 1912 (traité de Fès reprenant largement les clauses des deux traités tunisiens) sont avant tout des conquêtes militaires. Lors de la signature des traités, ce sont des généraux qui signent au nom de la France, comme c'est le cas du général Bugeaud pour l'Algérie. D'ailleurs, les traités avec la Tunisie accordent à un militaire le poste de résident-général (puisque ce territoire devient un protectorat, non une colonie) et des missions de défense, police extérieure, tâches fiscales. Cela est quasiment semblable pour le Maroc.
On le voit, c'est d'abord l'autorité militaire qui représente l’État dans de nombreuses colonies, notamment françaises. Certaines autorités militaires ont pu se maintenir à la tête de la direction d'un territoire colonisé et ce durant toute la période coloniale. C'est l'exemple du contrôle exercé par l'armée du Kuantung en Mandchourie, au premier XXème siècle pour le compte de l'Empire japonais (certes avec l'appui d'une compagnie du chemin de fer sud-mandchourien, le Mantetsu).
A la suite d ce contrôle militaire, il est vrai ce sont les gouvernements étatiques qui prennent directement la charge du gouvernement colonial, malgré le maintien nécessaire d'un contingent militaire comme en Indochine, afin de préserver la sécurité des premiers ressortissants à venir s'installer dans les colonies. Suivant le type de territoire, le gouvernement établit différents statuts pour maintenir l'autorité. Dans le cas des colonies françaises et néerlandaises, il s'agit d'un gouvernement-génral qui est en place, comme celui de l'Afrique occidentale française (AOF), en poste à Dakar, ou celui des Indes néerlandaises, créé au début du XIXème siècle, avec entre autres Daendels et Van den Bosch, en poste à Batavia (actuelle Jakarta), sur l'île de Java. Viennent s'ajouter à lui et sous son commandement des gouverneurs administrant et faisant autorité sur la province, des lieutenants-généraux dans le cas de l'AOF. En dessous, nous trouvons enfin des commandants de canton ou de cercle qui sont les plus en contact avec les populations locales. Il peut s'agir d'un homme de terrain, qui tend à entretenir des relations cordiales avec les indigènes, ce que Robert Delavignette, directeur de l’École coloniale, dénomme le « broussard », ou bien un véritable bureaucrate, loin des préoccupations des locaux, qui se contente de son rôle paperassier et administratif, qui prend, il est vrai, de plus en plus de place dans sa tâche. A ses côtés, on trouve souvent des auxiliaires, parfois indigènes, lui permettant d'assurer son autorité et mener à bien son travail. Il peut s'agir comme en Afrique ou en Indochine française, du chef des postes, du receveur des impôts ou du chef de la sûreté générale pour le maintien de l'ordre. Dans la British West Africa, ce commandant de cercle fut nomme District Officer ou Commissioner.
Comme nous le verrons en seconde partie, ces administrateurs étaient de plus en plus souvent (notamment aux rangs subalternes), des indigènes. Les gouvernements coloniaux se sont alors attachés à partir de la deuxième moitié du XIXème siècle à donner une éducation, même minimaliste, à ces chefs locaux afin de leur donner les capacités de diriger « à l'occidentale », des territoires qu'ils avaient déjà, généralement, sous leur dépendance en situation pré-coloniale. Ainsi, à la suite des conquêtes menées à l'est du Sénégal contre les ethnies Toucouleurs, Mamadou Lamine ou Samory Touré, une école des otages est mise en place par la puissance coloniale française afin de former les enfants de chefs locaux à la future tâche  qui leur incombe. Pareillement en Asie, les fils de notables locaux, comme les mandarins en Indochine, reçoivent des bourses pour poursuivre l'enseignement secondaire établi en langue européenne (français, anglais, néerlandais), en métropole dans les universités. Mais, on le verra, de retour dans leur pays et nourris de culture et valeur occidentale, ils se retournent contre la puissance coloniale au travers de l'affirmation de valeurs nationalistes. Pour ce qui est des administrateurs et gouverneurs occidentaux, le recrutement se déroulait en métropole, notamment dans le cas des contrôleurs civils marocains. C'est le quai d'Orsay qui organisait ce recrutement par le biais d'épreuves à la fois théoriques et pratiques (connaissance de la langue indigène entre autres) basées principalement sur le droit et les sciences politiques. Il existait à Paris (Montreuil), une école pratique des colonies où tous les métiers liés à l'administration coloniale étaient enseignés, via le paiement d'une somme plus ou moins conséquente en fonction du métier choisi. Il existait des antennes locales de cette école, comme à  Niort, comme à Bruxelles. En Grande-Bretagne, il en était de même avec des recrutement d'élèves au sortir des prestigieuses universités telles Oxford ou Cambridge.

II- Les théories de l'administration coloniale, entra assimilation et association

Il faut s'arrêter, tout d'abord, sur la théorie de l'administration directe, prônée avant tout par la puissance coloniale française. Elle se voulait assimilationniste, à savoir qu'il fallait amener les populations indigènes locales à abandonner leurs anciens modes de gouvernement, leurs anciennes traditions et coutumes afin d'acquérir la civilisation européenne, jugée seule, meilleure et universelle. C'était faire de ces indigènes des futurs citoyens français, passant notamment par l'accès à la nationalité française (on peut penser particulièrement ici à la naturalisation des Juifs algériens, par le décret Crémieux de 1870, puis les mesures qui la facilitent pour les Musulmans) et la participation aux élections. C'est l'exemple, le plus parlant, des Antilles françaises. En Guadeloupe, en Martinique, en Guyane, dans la partie sud de l'île de Saint-Martin, les « Vieilles Colonies » issues de la traite négrière et de l'esclavage, la nouvelle catégorie montante de la société antillaise des mulâtres, ces populations issues d'unions entre colons français et femmes noires, revendiquait massivement sa volonté d'adhésion à la citoyenneté française et la volonté de jouer un rôle politique local ou en métropole. Ainsi, depuis 1866, un Conseil consultatif leur permettait l'accès à la vie politique locale, et depuis l'abolition de l'esclavage en 1848 par le décret Schoelcher, la vie politique en métropole. Ainsi, des premiers députés furent élus par ces colonies antillaises, notamment des personnages comme Hégésippe Légitimus, ou Aimé Césaire (ce dernier resta député pendant près de 48 ans). L'accession aux conseils municipaux leur était permis, et c'est là aussi l'exemple de Césaire qui est le plus marquant, élu maire de Fort-de-France, et le resta pendant plus de 50 ans.
En Afrique aussi, cette théorie assimilationniste s'appliqua de par l'action des missionnaires catholiques, qu'ils soient chrétiens ou protestants, évangélisant les populations et leur apprenant l'anglais et le français selon les cas. Danses quatre communes sénégalaises de Saint-Louis, Gorée, Rufisque et Dakar, les populations, des Blancs européens aux « originaires » (population d'esclaves affranchis) ont pu  accéder à la citoyenneté française, et à la députation pour les notables (le premier africain élu député fut Louisy Matthieu, originaire du Sénégal).
Au Japon également, l'Empire colonial en marche, de l'annexion de Taïwan en 1895 au début de la guerre de Mandchourie en 1933, la politique impériale fut en majorité une politique d'administration directe et assimilationniste prônant la théorie du panasiatisme, la réunion de tous les Asiatiques derrière le Japon impérial. Cette empire poussa cette assimilation au plus haut point en Corée et à Taïwan avec, chose révélatrice, le changement des noms de familles coréens et taïwannais, en japonais.
Mais, que ce soit pour le cas de l'empire colonial français, mais aussi pour le cas de l'empire colonial japonais, là où la théorie de l'administration directe fut la plus mise en avant, c'est la théorie de l'administration indirecte qui triompha. Cette théorie fut développée en premier en Afrique, plus précisément sur les terres ougandaises, devenues britanniques, par Lord Frederick Lugard, à la fin du XIXème siècle. Il développa ensuite cette théorie au sein du Khalifa de Sokoto, au nord du Nigeria. Elle mettait en avant le fait que la colonie devait coûter le moins possible à la métropole, et qu'elle devait au maximum s'autofinancer. Ainsi, on mettait en valeur généralement l'idée d'association des populations locales à la politique coloniale, où les administrateurs européens n'avaient finalement qu'un rôle de surveillance et de conseil auprès de l'administration locale, maintenue dans le même état (plus ou moins) ancestral. On gardait donc les chefs locaux, et les princes ou rois à la tête de leur territoire. Là où il n'existait pas d'autorité locale globale avant la colonisation, on mettait sur pied des chefs locaux issus des tribus les plus influentes. Ce fut le cas en Afrique noire britannique notamment, ce que l'on appela les Warrent Chiefs. Après la Première Guerre mondiale, qui toucha gravement les pays européens tout comme leurs colonies, du fait de l'envoi des troupes coloniales sur les champs de bataille, et l'accaparement des richesses agricoles et industrielles au profit de la métropole, c'est cette théorie qui domina l'ensemble du monde colonial. Il est donc tout à fait naturel de voir avec cet Indirect Rule, les mandarins indochinois continuer à diriger leurs territoires et à récolter l'impôt pour le gouvernement colonial français, de voir des élus indonésiens en nombre plus important que les Néerlandais dans le Volksraad des Indes néerlandaises, qui fait office de conseil consultatif, ou de voir le maintien des caïds dans les tribus, ou les pachas dans les villes, subsister comme chefs dans les pays du Maghreb français. Ce système d'Indirect Rule permettait de diminuer considérablement les effectifs des administrateurs (et des militaires parfois) dans les colonies puisque c'est le système pré-colonial qui subsistait. Ainsi, il est frappant de voir que le Laos, faisant partie de l'Union indochinoise en 1897, ne comptait en tout et pour tout, au début du XXème siècle, que 550 administrateurs français environ, du fait d'une bonne tenue du pays par le système pré-colonial, et la non violence des populations laotiennes. Au plus haut point, les structures gouvernementales pouvaient être dissociées entre la représentation indigène et la représentation du pouvoir colonisateur, celui-ci gardant l'autorité suprême au niveau décisionnel. Ainsi, on peut le remarquer dans les Indes britanniques avec la mise en place de l'Indian Civil Service, pour les administrateurs indiens, et les membres du Colonial Office de Londres, dirigés sur place.
Quoi qu'il en soit, que le système administratif soit direct ou indirect, que les colonisateurs aient choisi l'assimilation ou l'association, les tâches qui incombent aux administrateurs sur place restent sensiblement les mêmes. Il s'agit pour eux, avant tout, de garantir et maintenir l'ordre et l'autorité dans la colonie, la prospérité et la sécurité des populations européennes installées là-bas, quitte à utiliser la force en cas de déviance de la population indigène. Ils doivent également récolter l'impôt, direct ou indirect, pour la métropole. Ces impôts étaient vitaux dans le sens où ils permettaient la rémunération des différents administrateurs au sein de la colonie, de créer et mettre en place les écoles pour cette « mission civilisatrice », de créer des infrastructures routières, ferroviaires, portuaires, pour exporter les productions de la colonie. Même si cette tâche était confiée à des indigènes, comme les Zamindars en Inde, tout le bénéfice revenait à la métropole. Enfin, l'administrateur, dans certains cas comme en Afrique noire et au Maghreb français, pouvait en plus des lois de la métropole, appliquer ses propres lois, avec une surveillance métropolitaine moins importante. C'est l'exemple du Code de l'Indigénat appliqué dans les colonies françaises, qui définissait les droits et les devoirs des indigènes et donnait au gouverneur-général des prérogatives exceptionnelles comme, en Algérie, à partir de 1888, la possibilité d'emprisonner un indigène sans jugement pendant une quinzaine de jours.

III- La lutte contre le pouvoir colonial, des mouvements de révolte contre l'administration et le gouvernement impérial

La lutte contre le pouvoir colonial et son système administratif prit là-aussi des tournures différentes suivant les pays et les empires. Dès l'imposition du pouvoir colonial, les résistances s'élevèrent parmi les administrateurs indigènes pour dénoncer l'arbitraire colonial. Même si généralement ils profitaient de leur position pour s'enrichir et monter en grade, certains d'entre eux refusaient de se plier aux décisions coloniales, souvent de manière non violente, par le refus d'appliquer les lois émanant de la métropole ou du gouvernement colonial, en se servant au passage au moment des récoltes d'impôts. Certains, fils de notables, refusaient cet arbitraire colonial de façon différente. Ainsi, leur situation leur permettait aisément d'aller à l'école, primaire et secondaire, puis d'accéder en métropole, aux universités. Beaucoup en revenaient ayant acquis de nouvelles formes de pensées, et de nouvelles idées, meilleures selon eux pour leur pays. Ainsi, on peut remarquer que les principaux chefs de partis prônant l'indépendance des colonies en question avaient fait leurs études en Europe auparavant. Il en est ainsi pour Nguyen Aî Quoc, le futur Hô Chin Minh, qui fit ses études à Paris, avant de revenir en Indochine française et d'y fonder le parti communiste vietnamien, qui subsista aux côtés du parti nationaliste : le Viet Nam Quoc Dan Dang. Ailleurs, il en est de même  notamment dans les Indes britanniques où ce sont là-aussi des notables, issus des professions libérales (avocats, médecins par exemple), qui réclamaient plus de poids dans le gouvernement de leur pays, en créant en 1885 l'Indian Congress, puis une autre création revendicatrice d'une autonomie, un self-government, puis l'indépendance : la Ligue musulmane menée par Ali Jinah et par Patel entre autres. D'autres mouvements de revendications étaient nés du fait d'une trop forte répression de la part de l'administration coloniale, créant alors de nombreuses révoltes contre l'autorité. On peut penser ici au Sarekat Islam de Tan Malacca aux Indes néerlandaises, dont les membres sont souvent arrêtés lors des émeutes et envoyés au bagne de Boven Digul en Nouvelle-Guinée, ou les membres du Parti communiste indochinois, qui fréquentaient le bagne de Poulo Condore, vont alors y développer leur idéal nationaliste. Au Maghreb enfin, la lutte menée entre 1921 et 1926 contre le protectorat marocain espagnol puis français, la guerre du Rif, le fut par son dirigeant, ancien administrateur pour le compte de l'Espagne : Abd-el-Krim.
Il faut terminer en abordant le mauvais fonctionnement de l'administration coloniale et son gouvernement, cela du fait de mauvaises connaissances du terrain ou de la population, empêchant le choix du meilleur système qui soit, le moins coûteux pour la métropole, et le moins répressif pour les indigènes, ou justement à une politique trop « gourmande » en terme d'exploitation des matières premières et richesses du pays colonisé. Ainsi, on peut citer l'exemple du cultuurstelsel aux Indes néerlandaises. En accaparant 1/5ème des terres des masses paysannes pour les cultures d'exportation vers les Pays-Bas, les autorités néerlandaises d'Indonésie s'attiraient la colère des paysans, comme ceux de Java, travaillant trop loin de leurs indispensables rizières ou n'ayant plus assez de temps ni de terres pour pouvoir se nourrir.
Au Maghreb, certaines lois foncières mises en  vigueur par le gouvernement métropolitain ne faisaient qu'aggraver la situation des fellahs, déjà en proie à des restrictions foncières. On peut penser aussi à la mise en place, en Algérie, en 1883, du Code forestier, ne permettant plus la disponibilité des forêts à ces paysans, utilisées pour les pâturages, et la réserve de bois de chauffage (ou tout simplement la réserve foncière) qu'elles constituaient.
Toutes ces mesures aggravèrent la rancœur à l'égard des administrateurs coloniaux, qui devaient être la cible au fur et à mesure de la colonisation, de nombreuses réclamations et revendications.


Ainsi, nous avons pu voir tout au long de ce développement l'extrême complexité des situations administratives des colonies. D'abord confié à des organismes marchands privés puis passant entre les mains de la puissance étatique, militaire et civile, le gouvernement colonial se trouvait être un gouvernement appliqué à des situations bien particulières, en fonction de chaque situation, de chaque colonie. C'est ce que l'on a appelé le « bricolage colonial », faire avec ce qu'on trouve dans chaque colonie afin de maintenir l'autorité la plus intacte possible. En utilisant de plus en plus les idées théorisées par le britannique Lugard, celles de l'Indirect Rule, les administrateurs ne voyaient souvent guère d'autres choix que de se baser sur les autorités traditionnelles, sur les élites locales pour exercer le pouvoir. Permettant une ascension sociale pour certains d'entre eux, le gouvernement et l'administration dans les sociétés coloniales devaient se heurter de plus en plus aux revendications pour l'amélioration du niveau de vie, ou pour, après la Seconde Guerre mondiale, l'autonomie, et l'indépendance des colonies.
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