Le 20 janvier 1943, un avion de la R.A.F canardait un immeuble de l'avenue Louise à Bruxelles. Au 453 de cette avenue se trouvait le siège de la Gestapo.
Le Chasseur-Bombardier Hawker Typhoon 1B était piloté par un belge "qui en avait une sacrée paire"!
Il s'appelait Jean-Michel de Selys Longchamps.
Voici sa curieuse histoire.
L'homme et l'aviateur :
Né le 31.5.1912, Jean-Michel de Sleys Longchamps est le second fil du Comte Raymond de Selys Longchamps.
En 1933, il entre à l'Escadron école du 1er Régiment des Guides.
En 1937 il est promu Sous-Lieutenant de Cavalerie.
En 1940 il est en premières lignes et participe aux combats de Lanaken, de la Petite et de la Grande Gette et enfin de la Lys.
Lors de la signature de l'Armistice, il refuse de se soumettre et, via La Panne, il parvient à rejoindre l'Angleterre.
De là il rejoint la France, zone libre, et espère y retrouver d'autres belges désireux de poursuivre les combats.
Il se retrouve à Marseille d'où il rejoint Gibraltar et ensuite le Maroc.
Là il est arrêté par les autorités de Vichy et placé dans un camps à Montpellier dans le sud de la France.
Il s'en évade, rejoint l'Espagne par les Pyrénées et enfin l'Angleterre.
Il est convaincu que le meilleur moyen de combattre l'envahisseur est l'aviation il s'engage donc dans la R.A.F
Souci, il est âgé de 28 ans, ce qui le rend trop vieux pour être admis. Il triche donc sur son âge et se rajeunit.
Il se dit que tout peut s'apprendre pour qui le veut.
Il obtient son Brevet d'aviateur et en août 1941 il est affecté à la 61 Operational Training Unit.
En septembre 1941 il est affecté au 609 (West Riding) Squadron.
De mission en succès il obtient rapidement le grade de Flight Lieutenant.
de Selys Longchamps est considéré comme un "dur" parmi les "durs".
Son Coucou :

Le Hawker- Typhoon est un monoplace de chasse et de bombardement.
Il est considéré comme une véritable bête de course dont la silhouette présente une énorme prise d'air en "barbiche".
Le premier modèle est peu fiable (accidents fréquents - faiblesses structurelles).
Le second modèle sera nettement amélioré.
Il est équipé de 6 mitrailleuses de cal. 7,7 mm et est doté ensuite de 4 canons Hispano-Suiza HS-404 de 20 mm (cadence de tir = 640 obus explosifs à la minute).
Les missions :
Hormis ses prestations en tant que chasseur le Typhoon excelle dans les attaques au sol. Il peut être doté de deux bombes de 250 kg ou de 500 kg et de rockets RP-3 de 60 livres.
En 1942, de Selys Longchamps participe à de nombreuses missions de harcèlement offensif dans le cadre d'opérations codées "Rhubarb".
Les attaques sont menées par 2 avions volant en équipe. Chaque mission ne comporte qu'un seul objectif.
Arrivés au-dessus de la Manche les avions volent à très basse altitude de jour comme de nuit. Ils reprennent de l'altitude à l'approche de l'objectif et plongent pour mitrailler leurs objectifs au ras de . . . la rhubarbe.
Ensuite, retour rapide (éviter la Flak et retraverser la Manche).
de Sely est devenu routinier de ces missions qu'il apprécie.
L'attaque :
Le 20 janvier 1943, de Selys décolle avec un équipier (Fl/Sgt André Blanco) de la base de Manston (Thanet, Kent) pour bombarder une gare de triage près de Gand en Belgique.
L'attaque se passe bien et s'apprêtent à rentrer à la base.
de Selys avise son équipier qu'il " a un rendez-vous à Bruxelles" et lui dit de rentrer sans lui.
Il prend la direction de la Capitale qui n'est qu'à une cinquantaine de km.
Il y pénètre par le nord-ouest, poursuit une trajectoire vers la gauche qui prend la forme d'un grand "point d'interrogation" inversé.

Il se retrouve au sud-est de la ville, dans l'enfilade de l'avenue des Nations (actuellement Av. Franklin Roosevelt).
Cette avenue se prolonge en ligne quasi droite vers l'avenue Demot (longue de 400 mètres) qui fait face au 453 de l'avenue Louise, le siège de la GESTAPO de Bruxelles.
de Selys connaît parfaitement cet endroit. Un de ses amis y possédait un appartement avant la guerre.
Il réduit sa vitesse à +/- 200 km/h, descend à une altitude de +/- 60 mètres.
D'après ses estimations, compte tenu de la disposition des lieux, il dispose de +/- 20 seconde avant de décrocher.
Il fait cracher ses canons d'obus de 20 mm sur la façade de l'immeuble. Au tout dernier moment il décroche jusque avant de s'écraser contre l'immeuble.
Il entrouvre la verrière de son appareil et jette un drapeau belge à l'extérieur. Ce drapeau sera emporté par les vents et ira finir sa course dans le Parc de Laeken.
Conséquences :
Considéré comme un tireur expérimenté, de Selys avait tiré +/- 200 obus sur la façade de l'immeuble sans toucher les immeubles voisins.
Un certain nombre d'obus a pénétré dans les locaux occasionnant la mort de 8 membres de la Gestapo et avoir occasionné de graves blessures à 13 autres, dont un responsable de la Gestapo (Müller).
Bien évidemment les curieux et badauds défilent (on peut imaginer leur air moqueur, . . . ).
Certains seront arrêtés et enfermés dans les caves de la Gestapo durant plusieurs jours en guise de représaille.
Certains porteront de graves séquelles des coups reçus.
Suite et fin :
A son retour de Selys se voit remettre la "Distinguished Flying Cross" et, . . . pour cause d'indiscipline (?!?) est rétrogradé au grade de Flying Officer.
Il quitte le 609 Squadron et est transféré au 3 Squadron.
Le 15.8.1943, il part de Manston avec comme équipier Charles Demoulin pour une opération de bombardement de nuit.
Au retour de Selys est pris dans un barrage de la Flak au-dessus d'Ostende.
Il parvient néanmoins à rentrer, mais s'écrase à l'atterrissage. Il est tué sur le coup sous les yeux de son équipier qui le suivait.
Le Héros du Straffing de la Gestapo de Bruxelles repose au cimetière de Minster, Thanet, dans cette belle contrée du Kent.
Il avait 31 ans.
Une plaque commémorative a été placée sur la façade du 453 de l'avenue Louise à Bruxelles et un monument représentant la tête dorée d'un aviateur a été érigé à la mémoire de ce héros belge, le regard tourné vers l'axe suivi pour l'attaque.


Le 453 de l'avenue Louise à Bruxelles, Siège de la Gestapo est l'immeuble dont la partie centrale comporte une proéminence en arc de cercle.
Durant la guerre, cet immeuble dépassait de loin les hôtels de maîtres situés à sa gauche et à sa droite. Il se détachait nettement de l'alignement des immeubles voisins.
Tapirm72.