Bonjour,
voici la première photo d'une reconstitution d'un uniforme du régiment Royal Comtois, régiment d'infanterie de Louis XV.

Matériel de départ: du drap blanc pour le justaucorps, du drap bleu pour la veste et les parements, de la toile blanche pour la doublure, de la forte toile écrue pour le renfort de buste, trois patrons: justaucorps, veste et culotte.
Du boulot en vue pour arriver à ça:

Pour au final s'habiller comme ça:

Pas d'ennui en perspective pour les longues soirées de l'hiver du Haut-Doubs!
Premiers travaux aujourd'hui 24 novembre, traçage des éléments de drap blanc et découpage.
Au passage vous remarquerez que le drap de laine blanc est déjà bien patiné!
Il s'agit d'une couverture, militaire d'infirmerie je suppose.
On commence donc par étaler le tissu, à chercher comment s'imbriqueront les différents patrons pour économiser au mieux la place disponible ici sur la couverture qui sert de matériau de base:

Quand tout est casé (n'oubliez pas que ces patrons sont à tracer deux fois chacun!), on découpe à l'aide de ciseaux qui coupent bien, voilà les manches:

La raie bleue sera cachée par les parements en botte.
Les dos:

Et les devants et basques:

Temps passé: une bonne heure.
Maintenant il va falloir faire pareil pour la doublure, mais dans du drap de lin.
Aujourd'hui, découpe des pattes de fausses poches et de l'épaulette:

Et traçage puis découpe de la doublure:

Nous retrouvons les mêmes éléments d'hier mais en drap de lin. Les pattes de poche et épaulette seront aussi doublées:

Maintenant on a de quoi assembler doublure d'une part et partie extérieure d'autre part.
Les coutures d'assemblage seront faites à la machine mais seront invisibles une fois monté.
Voici la machine, industrielle de grande taille pour avaler plusieurs épaisseurs de couvertures sans bourrer:

Je commence doucement par l'épaulette:

Puis les fausses poches:

Tout sera retourné plus tard.
Maintenant, des choses un peu plus compliquées.
Assemblage des deux parties de chaque manche de doublure, attention à bien faire une droite et une gauche:

Assemblage des deux parties du dos, puis des deux parties du devant, toujours la doublure:

Assemblage de chaque manche sur la doublure, attention là aussi au côté de chaque manche et de leur position par rapport au corps.
C'est un coup à prendre et ensuite ça va au poil:

Voilà qui est fait, le "beau côté" est à l'intérieur car c'est lui qui sera visible dans le vètement:

Je passe maintenant aux choses sérieuses, l'extérieur. Assemblage des demi-manches:

Voilà les deux manches assemblées:

Et enfin tout l'extérieur est assemblé, posé sur la doublure:

Temps passé pour ces opérations: 2 heures.
Ca commence à ressembler à quelque chose, mais il en reste beaucoup à faire.
Aujourd'hui, préparation des fausses poches, commencer à les retourner:

puis sortir les pointes à l'aide d'un objet pointu:

Repérer les boutonnières:


Un coup de fer pour aplatir et coudre le tour à petits points espacés:

Percer les boutonnières à l'aide des ciseaux spéciaux:


Coudre les boutonnières à la main:

Une de commencée, plus que 56 à faire sur tout le justaucorps!

Temps passé pour ces opérations, 1° boutonnière comprise: une petite heure.
37 boutonnières et 2 heures plus tard...
Positionner et coudre les fausses poches sur l'habit. Les fausses poches ne servent qu'à identifier le régiment de par leur position, forme, nombre et position des boutons:


Comme ce justaucorps sera au règlement de 1736, il n'aura pas de col. Un renfort en tresse est donc nécessaire pour la solidité:

Traçage et découpe des parements en botte bleus et de leur doublure:

Ici je ferai cette doublure en lin faute de laine car la couverture entière y est passée. Ces grands parement servent non seulement à reconnaitre le régiment de par leur couleur et la disposition des boutons, mais aussi à couvrir les mains en cas de froidure une fois dépliés.
Voici ce que donnera le développé des basques:

Temps passé pour ces opérations, 2 heures donc de boutonnières plus une heure pour la suite.
Les parements sont assemblés avec leur doublure, assemblage des parements sur les manches:

Voilà qui est fait, le plus dur étant de ne pas se tromper de sens en les montant:

Et le plus compliqué, l'assemblage extérieur-doublure.
Tout est cousu à l'envers puis l'ensemble est retourné comme une chaussette.
Je commence par le col:

Le col est assemblé:

Je passe ensuite aux manches, toujours tout à l'envers:

Voilà un peu ce que ça donne comme bobinard sur la machine, 2kg 500 et un certain volume:

Voilà qui est fait, il n'y a plus qu'à tout retourner:

C'est retourné:

Une couture à la main sur les quelques mètres de développé du tour des pans:

Voilà déjà ce que ça donne , il reste les boutonnières du devant, des parements et des basques à faire.
Temps passé, deux bonnes heures à se prendre la tête avec la machine et tout ce paquet de tissu plus à nouveau deux autres bonnes heures à coudre à la main les bords.

Les boutons sont faits à la presse hydraulique et à l'emporte pièce par un copain bien outillé, il ne reste qu'à y souder à l'étain un oméga pour faire la boucle:

Ils sont faits suivant un modèle authentique. A l'époque ils étaient soit emboutis soit de bois recouvert d'une fine feuille de métal blanc ou or selon le régiment.
Et voilà le travail, quasiment prêt pour les futures campagnes de la guerre de Sept Ans. Ca n'a strictement rien coûté, aucune couture machine n'est visible et ça a pris une bonne douzaine d'heures de travail. Pour l'instant j'attends le reste des boutons, soit 50.


Je vieillis artificiellement, pour les premières sorties du moins, le blanc éclatant de la doublure qui tranche trop avec le drap extérieur.
Pour ça je pulvérise de la teinture marron très diluée.
Le temps fera le reste, l'important est de ne pas donner l'impression de sortir directement du magasin d'habillement!

Voici les agrafes qui permettent de maintenir les pans ouverts. Comme j'ai choisi de faire un justaucorps 1736 précoce (ou 1720 tardif!), les pans ne sont pas ouverts en permanence, le renfort en coeur ne s'impose donc pas:
