Bonjour,
Toujours tiré du site de l’histoire de l’armée coloniale, prenez le temps de lire
Amicalement.
Roland
Le recrutementA I’époque des grandes compagnies coloniales, on avait installé des dépôts de recrues à Lorient, puis dans l’Ile de Ré. C’est dans cette dernière localité que dès 1777 fut concentré le service du recrutement des troupes coloniales. Caque recrue engagé soit à Paris, soit dans les grandes villes de province, était payé par le Roi la somme de 85 livres. Sitôt que le nombre des racolés s’élevait à 30 ou 35, on en formait un détachement sous les ordres d’un bas officier et on les dirigeait sur l’Île de Ré. Là, un médecin de la Marine les visitait et on procédait à leur habillement; sur les 85 livres payées par le Roi, il était prélevé 20 livres environ destinées à payer les effets d’habillement et d’équipement fournis aux recrues. Celles-ci étaient rapidement débourrées par l’exercice exécuté deux fois par jour, puis on les embarquait pour la colonie dans laquelle elles devaient servir.
Il faut croire que l’on n’avait pas à cette époque grande confiance dans la moralité des soldats coloniaux, car avant de les embarquer, on leur retirait tous leurs effets militaires, sauf un sarrau et une culotte, et on ne les leur rendait qu’au moment du débarquement.
En 1781, une ordonnance du 25 juillet réunit en un seul les dépôts de l’Ile de Ré et de Lorient et attribua au nouveau corps l’appellation de bataillon auxiliaire des régiments des colonies.
Ce bataillon comprenait 5 compagnies, dont 4 de fusiliers et 1 d’artillerie.
D’après les feuilles de journées de l’époque, le prix de revient d’un soldat colonial rendu à destination paraît avoir été de 292 livres pour les colonies d’Amérique, de 513 livres environ pour l’Inde et l’Île de France.
L'entretien d'un soldat non gradé coûtait environ 500 livres par an.
Après 32 ans de service, les bas officiers et les soldats qui se fixaient dans la colonie avaient droit à une retraite égale à la solde de leur grade.
Les officiers provenaient, nous l'avons vu, de l'école des cadets créée à Rochefort en 1730, transférée à l'île de Ré eon 1779, supprimée, puis enfin réorganisée en annexe du bataillon auxiliaire de Lorient.
Dès 1779, une ordonnance royale avait posé en principe que le recrutement des officiers des colonies se ferait soit par la compagnie des cadets-gentilshommes, soit par les bas officiers.
La hiérarchie était la même que dans l'armée de terre; de plus, dans l’artillerie, il existait le grade de chef de brigade assimilé à major.
Dans chaque corps, les capitaines de fusiliers ou de chasseurs passaient par ancienneté capitaines de grenadiers; il fallait six ans de service en cette qualité à ces derniers, pour être promus majors ou chefs de bataillon; ceux-ci pouvaient arriver lieutenants-colonels au bout du six ans de grade; les majors, après quatre ans; enfin, pour passer colonel il fallait six ans de grade de lieutenant-colonel.
Les places de porte-drapeau étaient exclusivement réservées aux fourriers et aux sergents, qui pouvaient d'ailleurs concourir pour les emplois de lieutenants.
La première organisationChaque compagnie à charte recrutait, nous l'avons vu, son personnel militaire suivant son bon plaisir.
Les soldats coloniaux provenaient du racolage dans un élément sensiblement inférieur à celui du recrutement des régiments métropolitains.
Les officiers des compagnies ne valaient pas grand chose, bien que théoriquement leur nomination fût réservée au roi; seuls, les officiers supérieurs avaient quelque valeur ; mais celle-ci ne parvenait guère à se faire jour et était insuffisante à maintenir l'ordre et la discipline et à assurer une instruction uniforme.
Il eut d'ailleurs été difficile de se montrer exigent à cet égard puisque, par suite du mercantilisme des compagnies, les hommes étaient rarement payés.
Aussi les délits les plus graves n'entraînaient-il dans la pratique, aucun châtiment ou une peine illusoire ; seule, la désertion était punie de mort par pendaison, après un jugement sommaire.
Voici, à titre de curiosité, le premier tarif de solde des troupes coloniales:
Capitaine, 90 livres par mois
Lieutenant, 60 livres
Enseigne en pied, 40 livres
Enseigne en second, 30 livres
Sergent, 20 livres 5 sols
Caporal, 12 livres 15 sols
Anspessade, 9 livres 15 sols
Soldat, 7 livres 5 sols;
mais, dans la pratique et vu, le manque absolu de contrôle, les cadres inférieurs ne touchaient presque rien, le capitaine conservant volontiers les sommes qui lui étaient remises pour ses hommes.
D'un autre côté, les compagnies ne songeaient pas à autre chose qu'à faire produire des intérêts aux capitaux engagés ; elles ne s'inquiétaient guère de la qualité de leurs recrues et chaque fois qu'une expédition devenait nécessaire, on ne l'engageait qu'au cas ou elle devait rapporter immédiatement quelque bénéfice matériel, sans prévoir l'avenir; dans le cas contraire, on évitait toute opération militaire, même reconnue indispensable au point de vue de l'intérêt de la colonie et de la métropole.
C'est cette politique mercantile qui fut la première et la véritable cause de la perte des Indes.
Sous le ministère de Colbert, on commença à envoyer outre-mer des troupes régulières; malheureusement, l'armée métropolitaine avait elle-même besoin de ses meilleurs éléments et les premiers contingents coloniaux ne furent guère supérieurs comme qualité aux troupes levées par les compagnies à charte.
L'unité tactique était alors la compagnie, dont l'effectif variait de 50 à 100 hommes; généralement on groupait, au moment du besoin, ces compagnies en bataillons et en régiments aux-quels on assignait un nom particulier.
Les hommes provenant du racolage devaient signer un engagement de huit années ; toutefois il était loisible aux officiers royaux de libérer un certain nombre de soldats, par anticipation à la condition qu'ils se fixassent dans la colonie.
Les gradés subalternes des premiers contingents coloniaux étaient les mêmes que ceux de l'armée de France: sergent, caporal, anspessade, tambour, et soldat. Les officiers provenaient des écoles de Cadets française; il n’était pas, si l’on doit en croire les rapports de l’époque, de qualité extraordinaire. Et les gouverneurs se plaignirent, en maintes-occasions, qu'on ne leur envoyait que le rebut des écoles d'officiers. Par contre, à partir du grade de capitaine, l'avancement était l'objet d'une attention très grande de la part du roi et du ministre et les officiers supérieurs valaient incontestablement ceux de l'armée métropolitaine.
En 1730, on essaya de créer une école de cadets pour les troupes coloniales ; elle ne donna des résultats satisfaisants que cinquante ans plus tard, à la veille de la révolution, qui emportât à peu prés toute l’organisation militaire de la monarchie.
Dans les troupes coloniales de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI, la hiérarchie comprenait les grades suivants: cadet, enseigne, lieutenant, capitaine, aide-major, major, lieutenant-colonel, colonel, brigadier et lieutenant-général.
Affiche de recrutement déjà présentée 