Les menaces sur l'hémisphère oriental A l'issue de la Première Guerre mondiale, le
Japon, allié des vainqueurs, a confirmé sa prééminence dans le Pacifique oriental :
L’Allemagne impériale y est absente, la Chine subit une crise politique et l'Union soviétique
Tente d'asseoir son autorité sur les territoires sibériens reçus du tsarisme. Après une dizaine
D’années de régime parlementaire, la pression démographique et les besoins croissants en
Matières premières poussent la caste militaire vers une politique expansionniste. Formose
(en 1895) et la Corée (en 1910) en sont les signes avant-coureurs.
L'acquisition d'une grande partie du domaine insulaire allemand après 1919 ne satisfait pas
Les nouvelles ambitions japonaises. La Chine, affaiblie par ses dissensions, devient un objectif tout désigné avec l'annexion de la Mandchourie, région la plus septentrionale de
L’empire. Déjà soumise aux influences des compagnies ferroviaires russes (au nord) et
Japonaise (au sud), la Mandchourie est contrôlée par une pseudo-dynastie de seigneurs
De guerre, qui s'est affranchie de l'autorité de Nankin dès 1919. L'armée japonaise dite
Du Kwantoung (région de Port-Arthur) provoque l'incident de Moukden en septembre
1931, l'annexe et y installe une administration pro-japonaise qui créée le Mandchoukouo en mars 1932. Cette mainmise provoque un nouvel incident,
L’affaire du pont Marco Polo, qui entraîne l'ouverture d'hostilités non déclarées entre la
Chine et le Japon (juillet 1937). En quelques mois, la façade maritime de la Chine est aux
Mains des Japonais : Pékin, Shangaï et Nankin sont occupés, aux prix de massacres de
Population et d'incidents avec les représentants des puissances occidentales.
L'occupation se poursuit, en janvier 1939, jusqu’à l'île d'Hairam, non loin de l'Indochine française, cependant la résistance chinoise se durcit. La puissance occidentale
Sont favorables àTchang-Kaï-Chek, réfugié à Tch'ong-K'ing, et le ravitaillent par Hong
Kong, par la route de Birmanie et par le chemin de fer français qui joint Hanoï à là capitale du Yun Nam, Kun Ming, Or, depuis la déclaration Haig en 1899 sur la nécessité de maintenir « la porte ouverte »en Chine, les États-Unis se sont attribués une mission de protection sur ce pays. L'affaire de Mandchourie provoque des protestations de Washington puis la rupture entre le Japon et la Société des Nations (S.D.N.) en 1933, d'où son rapprochement avec l'Allemagne et l'Italie, elles-mêmes exclues de la S.D.N.
En 1936, le Japon a adhéré au parti anti-Kominterm pour subir le camouflet du pacte
Germano-soviétique d'août 1939. La solidarité de l'Axe est un instant compromise, mais
Les succès militaires de la Wehrmacht au printemps 1940 convainquent les militaires japonais d'adhérer au pacte tripartite (septembre 1940) qui leur garantit une aide en cas
D’agression par une tierce puissance. Néanmoins, après les défaites subies par les armées
Japonaises à Chang Ku Feng, à l'ouest de Vladivostok en juillet-août 1938, puis sur les
Bords du Nomo-Han, à la frontière mongole, en août 1938, où le général Joukov exerce ses
Talents de manœuvrier, la caste militaire nippone perd son ambition de poursuivre vers
Le nord.
Tokyo signe alors avec Moscou un traité de non-agression en avril 1941, et essaye d'entre-
Tenir de bonnes relations avec les États-Unis. Cette politique est peu cohérente car, profitant de la défaite de la France et de l'occupation des Pays-Bas, le gouvernement japonais
A exigé de l'Indochine française la fermeture du chemin de fer du Yun Nam (juillet 1940)
Et a imposé la livraison de quotas de caoutchouc, d'étain et de pétrole aux Hollandais
De Batavia. Les Anglais eux-mêmes ont fermé la fameuse « route de Birmanie ». Par ailleurs, avec l'appui de Tokyo, le Siam, devenu Thaïlande, récupère, après une courte campagne militaire, les provinces laotiennes et cambodgiennes situées à l'ouest du Mékong (traité de Tokyo du 9 mai 1941).
La position japonaise provoque l'hostilité du lobby chinois, groupe de pression le plus
Important aux États-Unis en matière de politique étrangère. Encouragé par les subsides
De la famille Soong, les pro-Chinois de Washington obtiennent, en avril 1941, que le
Secrétaire d'État Cordell Kiell présente une ouverture de négociation basée sur les principes de l'éthique internationale.
Le cabinet japonais du prince Konoye décide d'entamer ces négociations tout en poursuivant la préparation d'opérations militaires, en cas d'échec. Ce sera le cas en juillet 1941 ;
Les Japonais ayant imposé aux Français d'Indochine, l'occupation de la Cochinchine
Et un accord pour la « défense en commun de l'Indochine», le gouvernement américain
Décide de réagir en bloquant les avoirs japonais aux États-Unis et en déclarant un
Embargo économique.
Face à cette menace d'asphyxie à moyen terme, Konoye entreprend de négocier avec
Washington : la levée de cette mesure lui fera abandonner les positions obtenues en Indo-
Chine. Washington veut le retrait non seulement d'Indochine mais aussi de toute la
Chine. Konoye décide alors de poursuivre les préparatifs de guerre et un état-major de la
Défense est créée, aux ordres du général Yamada.
Le cabinet Konoye est. Remplacé en octobre par celui de Tojo, qui refuse de reculer d'un
Pas dans les négociations. Grâce à leur connaissance des codes japonais, les diplomates
Américains savent quel terme le Japon a fixé pour les conversations. Le 26 novembre, les
États-Unis remettent une note renouvelant la demande d'évacuation de la Chine et de la
Mandchourie, et demandent au Japon de se désolidariser du pacte tripartite. Cette double exigence apparaît aux Japonais comme un affront. En particulier, la Mandchourie ne
Fait pas partie de la Chine ethnique et les Japonais estiment l'avoir conquise par des
Moyens réguliers. Le cabinet Tojo décide que la note est inacceptable. Parallèlement à
L’envoi de Kurusu auprès de l'ambassadeur Nomura à Washington, l'armée et la marine
Japonaises se mettent en état d'alerte, et la flotte d'attaque de Pearl Harbor quitte le
Mouillage secret d'Etorofu dans les Kouriles. Huit jours plus tard, l'amiral Nagumo reçoit
Confirmation de l'ouverture des hostilités pour le lundi 8 décembre (heure de Tokyo),
Dimanche 7 au matin à Hawaii.
Le cuirassé West Virginia à Pearl
Harbor, à couple avec le Tennessee (photo ©
SIPA). Ce cuirassé est l'un des premiers
Bâtiments à être coulé par six torpilles et deux
Bombes lors de la première vague japonaise. Le West
Virginia et ses deux sister-ships Colorado et
Maryland déplaçaient 32 000 t à pleine charge
Et portaient deux tourelles quadruples de 406 mm.Ainsi, fin 1941, l'apparent succès des entreprises de l'Axe dans l'hémisphère occidental
Et la montée de la tension internationale sur les bords de l'océan Pacifique se conjuguent
Pour inciter le Japon à s'engager dans le conflit. Le recul des deux puissances coloniales,
La France et les Pays-Bas, les derniers revers de la Grande-Bretagne sur le continent européen et ses succès relatifs en Afrique du Nord, ainsi que l'effondrement objectif de l'armée
Soviétique forment un ensemble de conditions favorables.
Les dirigeants nippons sont alors
Prêts à acquérir les ressources économiques et territoriales nécessaires pour la puissance
Et la pérennité de l'Empire du Soleil levant.
Cependant, leurs manœuvres diplomatiques se heurtent à l'inflexibilité des États-Unis.
Dès lors, l'idée d'une guerre ouverte se développe.
Si jusqu'au dernier moment, certains
Dirigeants à Tokyo pensent pouvoir mener un double jeu, les exigences opérationnelles vont
Imposer une fatalité comparable à celle de juillet 1914. D 'européen, le conflit se transforme en guerre mondiale.
Les Etats-Unis deviendront rapidement les leaders de la cause
Alliée et feront du Pacifique un lac américain.