Aujourd’hui encore, il y a beaucoup d’incompréhension sur les grandes guerres qui ont touchés la France.
Certains départements, comme l’Alsace et la Moselle, ont changés mainte et mainte fois de nationalité en jonglant entre l’Allemagne et la France.
Etant d’origine Alsacienne, plusieurs membres de ma famille ont été victimes de ces changements intempestifs.
Le terme de "Malgré-nous" apparaît déjà en 1920 après la Première guerre mondial, où des associations d'anciens combattants alsaciens et mosellans de la Grande guerre créèrent ce mot pour mettre en avant le fait qu'ils avaient dû se battre, malgré eux, dans l'armée allemande contre la France. Ce terme est réutilisé pendant la Seconde guerre mondiale, après la défaite de 1941 par la France.
De plus on se rend compte, que les malgrés-nous ne sont pas encore reconnu et les français ne connaissent pas l’histoire de ces Alsaciens incorporés de force.
Mon grand père à répondu à mes questions. Il a été incorporé à partir de 1943.
C'est un interview que j'ai fait dans ma dernière année de DUT pour un cours de communication.
• Quel est le contexte historique?
Après le traité de Westphalie, l'Alsace était considéré comme étant français. Et en 1871, sous le règne de Napoléon III la France a perdu la guerre contre l'Allemagne. Les provinces alsace et Moselle étaient considéré comme faisant partie du pays Allemand et sont devenu un "Reich land" qui est un pays allemand. L'Alsace restait allemande de 1871 jusqu'en 1918 où elle redevenait française.
Pourquoi l'armée régulière allemande (Wechmacht) a-t-elle enrôlée de force les alsaciens mosellans?
Le problème du manque de militaire du côté allemand, dû à la perte de la bataille de Stalingrad en 1942, qui leur fit perdre une armée entière. L'armée régulière allemande (Wechmacht) acceptait l'enrôlement des alsaciens. Je me rappel encore, dans le carnet militaire, quand je suis arrivé en Pologne c’était en février 1944, les allemands avaient marqués dans ce carnet " alsacien de population allemande". Et quand on nous a remis le carnet militaire ils avaient rayé "alsacien de population allemande" et écrit " Reichdeutcher" ce qui veut dire que nous étions considéré comme de "vrai" allemand.
• Y avait-il des volontaires pour intégrer l'armée allemande?
On ne peut pas dire qu'il y avait des volontaires, mais dans chaque armée il y a des volontaires. Mais dans l'Alsace même, il était rare de s'engager volontairement dans l'armée allemande. Moi, je ne connais aucun cas par exemple. Mais il y avait toujours des étrangers ou des alsaciens qui s'engagé dans l'armée allemande pour combattre les bolcheviques, les soldats russes.
Peux- tu nous raconter le jour de ton incorporation?
D'abord j'ai été dans la RAD en septembre 1943 jusqu'en janvier 1944. Puis du 14 février 1944 j'ai été incorporé dans l'armée allemande. On devait se présenter le matin à 8 heures, il me semble, à la gare de Cronenbourg. Et là on nous a envoyé vers la Pologne dans un train complet et nous sommes arrivés deux jours après à Meseritz. Là je suis resté en instruction jusqu'au mois de juillet et là nous avons appris à tirer, à se défendre, à attaquer les chars, de quel côté avec des bombes à aimant qu'il fallait coller sur les chars. Mais ce n'était pas facile! Ca a été l'instruction. Après l'instruction, après l'attentat du Führer c’était vers le 20 juillet 1944 on nous a envoyé à Schwerin où on nous a séparé en deux sections: la section à gauche regroupait les noms de A à K et celle de droite les noms de Là Z. Ma section, celle de gauche, avons eu de la chance car nous somme parti vers l'Ouest, vers le front en France. Et ceux de la droite sont allés en Russie. Et après deux jours nous nous sommes arrêtés à Multzinguen, et là on nous a changé tous nos vêtements, on en avait des nouveaux et tous nos fusils. Et là nous avons été incorporé dans un nouveau régiment: les "panzer grenadier division" ce qui signifie les soldats anti-chars.
T'es-tu évadé par la suite?
Nous sommes resté encore un mois à Multzingen puis nous allés en France? Là on avait à tenir le front de la Moselle, le côté ouest était des américains et nous nous avions le côté est. Nous étions là pendant 8 ou 15 jours jusqu'au 13 septembre. Nous avons été bombardé par les avions et l'artillerie mais il n'y a pas eu d'attaque des américains. Et ça j'ai appris plus tard qu'ils ne nous avaient pas attaqué en septembre car ils manquaient de ravitaillement, d'essence et de nourriture. Car, il me semble, on a prit paris trop tôt en août, sans aide des américains, De Gaule a prit la tête et a libéré Paris des allemands, sans bataille.
J'étais au front jusqu'en septembre et le 13 septembre notre régiment à été encerclé et alors on nous a dit "demain matin votre compagnie devra attaquer pour sortir de l'encerclement" et moi j'ai dis "non non je ne marche plus avec vous" alors on en a profité et la nuit ou nous étions a Barbonville le 14 septembre nous nous sommes évadés avec un camarades, nous nous sommes cachés dans une meule de foin toute la nuit et le lendemain de bonheur le matin nous sommes montés sur une colline parce qu'il y avait toujours des artilleries qui tiraient sur nous. Et nous nous couchions par terre pour éviter les éclats. Nous nous sommes cachés dans un verger, nous entendions les cloches à Barbonville, nous avons su que cette ville était libérée. Nous sommes sorti du verger pour nous montrer aux américains. Au loin il y avait 7 soldats mais c'était des Allemands qui nous ont dit d'aller avec eux car nous avons dit que nous étions des perdus de la 8eme compagnie. Je leur ai dis "nous allons chercher nos fusils" on les a déjà jetés mais c'était une excuse nous voulions nous cacher. Les 7 gars sont parties et au loin on entendait crier "Hands Up", c'était les américains qui avait attrapés les 7 soldat allemands. J'ai été prisonnier du 14 septembre jusqu'au 8 décembre dans le camp à Le Mans. Une dame passait chaque matin devant en vélo et nous criions "nous sommes alsaciens", nous avons apprit par la suite que cette dame a prévenu la préfecture. Par la suite pendant 14 jours ils ont envoyés des gendarmes pour prendrez toutes nos indications : adresse noms et indenté militaire. Il y avait beaucoup de sarrois et de lorrain et le 8 décembre un détachement de soldat français venait nous chercher au camp, le capitaine a fait un petit discourt. Une vingtaine de Sarrois ne son pas sortie, il s'étaient fait passer pour des Lorrains.
Par chemin de fer nous sommes parti de Le Mans jusqu'à Anger où on nous a affecté à la caserne "Desjardins". Nous avons eu des Uniforme français puis nous avons été muté à Cholet pour aider à reconstituer une école de cadre. Ca c'était après Noël, début janvier. Après j'ai été incorporé dans un bataillon de marche Maine-et-Loire pour aller à Strasbourg, ou nous sommes arrivé au mi Janvier. Il y avait encore la guerre en Alsace, les américains s'étaient reculés derrière le front, dans les Vosges, et De Gaule avait décidé de défendre Strasbourg contre toutes attaques allemandes et nous étions considéré comme la réserve.
On a demandé aux français de nous donner des noms fictifs parce que si les allemands nous auraient eu en Janvier 45 on aurait été tous fusillé. Nous avions tous des noms alsaciens (germanique) et comme ils nous considéraient comme allemands, ils auraient traité comme étant déserteur.
• Dans certains ouvrages, on peut lire qu'il y a eu 130000 Malgré-nous. Le plus part ont été fait prisonnier par les russes et enfermé dans le camp de Tambov. Y étais-tu?
Moi je n'étais pas à Tambov, j'ai eu de la chance j'ai été envoyé à l'est en France. Mais ce qui ont été envoyé en Russie.... J'ai une anecdote, mon camarde de chambre en Pologne s'appelait Gilique, il habitait a Geispolsheim, faisait parti de mon secteur pour aller en france. Gilique ne voulait pas aller au front et s'est fait porter malade, il avait mal aux dents. Ils l’ont gardé à l'infirmerie en Pologne jusqu'a ce qu'il soit guéri, mais pas pour longtemps car il a été tué en Russie. Il est inscrit sur le monument aux morts de son village. C'était des petites astuces, il ne savait pas quoi faire alors il se fait porté malade.
• Comment s'est passée la fin de la guerre pour toi?
Moi j'étais dans la caserne "Stierne" de la mi janvier 1945 jusqu'en Mars 1945, jusqu'à l'attaque des américains contre les allemands au nord vers Sarrebourg. Nous avec les français on était derrière le front et on suivait. On était en occupation à Karlsruhe, à Gerlmolsheim où nous somme resté jusqu'à l'armistice. Là on avait la belle vie à l'intérieur de l'Allemagne nous étions occupant, il fallait sortir à deux toujours avec un fusil. Je suis resté dans l'armée jusqu'en Février 1946 puis j'ai été libéré.
• Après la guerre, les Français ont-ils changé leur regard sur les Alsaciens incorporés de force, ou a-t-il fallu plusieurs années avant de connaitre la vérité sur les Malgrés-nous?
Ca été une histoire, à cause de Oradour-sur-Glane, il y avait des Alsaciens qui été avec les Allemands (incorporé de force) et ils ont mis tous le villages, femmes et enfants dans l'église qu'ils ont incendié, c'était horrible. C’est resté collé à l'image parce qu'il y avait 5 ou 6 alsaciens et les chefs avaient disparues. Ils ont ouvert un procès contre les Alsaciens, ils ne pouvaient pas se défendre, ils ont reçu des ordres des chefs et les alsaciens qui étaient dans le coup ont été condamnés à plusieurs années de réclusion criminelle. En tous cas les Alsaciens n'acceptaient pas, la France était fautive car ils ont laissé partir l'alsace et les Alsaciens devaient se défendre eux même. Et c'est devenu mal sain au point de vu relation avec l'intérieur, parce qu'ils croyaient toujours que les Alsaciens étaient des volontaires, c'était pas vrai c'était absolument pas vrai.
Il y a même eu une manifestation à Strasbourg quand les alsaciens ont été condamnés, Ils voulaient défendre les accusés. Tous le temps on en parlait en Alsace, et c'était mal sain, je dois dire quand je suis rentré on parlait de ça, on était pas très content.
A la fin, 2 ou 3 années après, quand De Gaule était au pouvoir, les Alsaciens on viré de bord pour De Gaule, mais avant ils voulaient même pas être français tellement ils étaient écœurés.
