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 La vie interne au corps dans les armées de Louis XV

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Crevette
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MessageSujet: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Mar 23 Oct 2018 - 15:12

Bonjour,
quelle pouvait être l'organisation de la vie interne d'un régiment dans les armées de Louis XV, je ne trouve nulle trace de l'organisation d'une journée dans un camp ou une caserne, ni d'ailleurs comment était organisée la semaine ?
Des dates étaient-elles prévues pour les sorties sur le terrain ?
Comment se passait le dressage de la recrue ?

Il existe peut-être des livres d'époque qui parlent un peu de ça?
Merci,
Cordialement,
CG
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Mar 23 Oct 2018 - 18:50

C'est compliqué d'avoir des témoignages sur cela, peut-être qu'une recherche dans une bibliothèque dans le thème des conflits sous Louis XV peut réserver quelques surprises ou fouiller dans des bibliographies. J'irai éventuellement jeter un coup d'œil.

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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Mar 23 Oct 2018 - 20:20

La recherche a déjà été effectuée au SHA de Vincennes et sur Gallica, mais il semblerait qu'il n'y ait rien.
Je ne sais même pas si quelqu'un a relaté ça à l'époque, ou si un règlement ou une ordonnance l'ait prévu...
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Mer 24 Oct 2018 - 10:01

Bonjour,

Sur l'uniformologie, l'instruction, le maniement des armes et la manœuvre on a des choses. Sur la vie de camps ça court en effet moins les rues.
J'ai un trou de mémoire, la fameuse gravure des soldats sous la tente elle est où déjà ?

Indirectement et de façon très satirique, Voltaire dans les chapitres 2 et 3 de Candide évoque la mise au pas d'une recrue. Dans le roman on évoque une armée lointaine, celle des Bulgares, mais on peut y voir un clin d’œil aux armées européennes (prussienne surement, française peut-être).

Amicalement.
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Mer 24 Oct 2018 - 10:09

Il y a aussi ce livre:
Les casernes françaises, par François Dallamagne, Picard éditions, 1990.
Peu de choses, un simple paragraphe mais intéressant.

Il cite:
A. Corvisier, l'armée française de la fin du XVII° siècle au ministère de Choiseul. Le soldat. Paris 1964.
Que je n'ai pas.
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Mer 24 Oct 2018 - 10:16

Il y a aussi tout ça:
http://www.worldcat.org/search?q=su%3AFrance.+Arme%CC%81e+18e+sie%CC%80cle.&qt=hot_subject
Mais je ne sais pas s'ils en parlent.
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Mer 24 Oct 2018 - 11:45

Extraits du livre de Dalamagne:


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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Mer 24 Oct 2018 - 12:02

Très intéressant, merci !
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Mer 24 Oct 2018 - 12:05

Intéressant mais bref!
Je n'arrive pas à trouver des livres numérisés, tous ceux de la liste semble ne pas l'être...
Et comme Gallica a un moteur de recherche pour le moins bizarre, je n'y suis pas allé.
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Mer 24 Oct 2018 - 12:13

C'est un sujet périphérique, mais dans Le Passepoil de 1924 il y a un article qui évoque les tentes des officiers.
Il faudrait aussi peut-être creuser du côté de La Sabretache.
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Mer 24 Oct 2018 - 12:40

Merci, je vois ça.
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Jeu 25 Oct 2018 - 8:27

Le livre de Dallemagne est très bien.
On y lit notamment qu'avant Louis XV (alors le régent), la troupe prenait ses quartiers d'hiver chez l'habitant.
Habitant qui devait donc fournir le logis, mais aussi les ustensiles de cuisine, le bois et la paille, viande, sel, poivre et vinaigre.

Le régent a donc fait emporter les ustensiles de cuisine en hiver par la troupe, alors qu'en été cette troupe n'était pas encasernée mais campait.

De ce fait il ne fallait plus que fournir des logements vides, le bois et la paille.

En 1719, l'ordonnance du 26 septembre décide de construire une caserne dans chaque ville de garnison et de passage (SHAT, 21).
Au total c'était 496 casernements de prévus.

Mais comme les finances ne suivent pas, en 1724 tout est stoppé et les troupes continuent de cantonner chez l'habitant.

Deux autres ordonnances des 25 octobre 1716 et 18 avril 1718 prévoyaient déjà que l'habitant ne devait plus fournir de bois ni de paille, que ce serait payé par les généralités.
Or elles ont peu été suivies d'effet!

1719 marque la différenciation entre caserne d'infanterie et quartier de cavalerie. Mais aussi cette année préconise que le logement des hommes et des chevaux doit être séparé.

En 1719 toujours est aboli le principe de la couchette chaude des premières casernes Louis XIV (un lit double pour 3) et dès lors chaque homme aura peu à peu un lit pour dormir, même si ce lit est double (pour 2 hommes donc).
Cette règle ne sera définitive qu'en 1788.

Les hommes en caserne sont logés en chambres de 12 à 15 places.

Plus tard on apprend que les officiers et bas officiers doivent être logés à proximité du soldat, dans des pavillons pour les officiers.

Les colonels et lieutenant-colonels ont un logement correspondant à leurs grades respectifs.
Les lieutenants et sous-lieutenants ont une chambre plus petite que celles des capitaines, mais ont chacun une chambre à feu et un domestique logé dans l'entresol.

Les chambres des soldats ont un râtelier d'armes et des tablettes pour les effets.
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Jeu 25 Oct 2018 - 8:53

Merci pour ces recherches !
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Jeu 25 Oct 2018 - 9:08

Par contre je ne trouve pas l'article du Passepoil de 1924:
http://www.napoleon-online.de/Dokumente/Le%20Passepoil%20Jahrgang%204%20-%201924.pdf
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Jeu 25 Oct 2018 - 9:40

Page 62 du PDF, mais il n'y pas grand chose.
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Jeu 25 Oct 2018 - 9:46

Vu!
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Ven 26 Oct 2018 - 8:45

C'est une période que je connais maintenant assez bien à force de lectures. Il n'y a pas de texte, ou de compilation de texte réglementaire sur la vie du soldat. Mais on trouve beaucoup de chose dans les écrits des auteurs contemporains, parfois inattendu comme dans un livre de Belidor sur l'architecture où on en apprend sur la construction des "cazernes" et le logement des troupes. J'en ferais une petite biblio.
On commence par le recrutement.

Depuis le début du siècle (le18e), le recrutement se veut de moins en moins contraint, l’engagement volontaire tend à devenir la règle. Mais il y aura toujours jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, des racoleurs, « homme qui par adresse porte de jeunes gens à prendre parti […] ils font des hommes à bon marché et les revendent à des capitaines. Il y a de ces racoleurs à Paris qui ne font point d’autre métier toute l’année. » On recrute plus facilement dans les villes où le nombre de jeunes gens qui vivent d’expédients et de petits métiers est plus important. Comme il est demandé aux capitaines d’entretenir leur compagnie au complet et qu’ils perçoivent une prime proportionnée aux nombres de soldats présents, les capitaines ont donc intérêt à ne pas être regardants sur les conditions de l’obtention de l’engagement. « Un des plus grands abus en cette matière est celui des accommodements, c’est-à-dire le prix qu’un officier exige pour dégager un enfant de famille. » Le recrutement forcé, par la ruse ou la violence, est une des causes de l’importante désertion malgré des peines de mort ou de galère encourues par le déserteur. C’est pourquoi les sanctions à l’encontre des engagements forcés deviennent de plus en plus sévères au fil du siècle : « Défend très expressément Sa Majesté à tous capitaines, et autres officiers, de ne faire aucun enrôlement de cavalier, dragons et soldats, qui ne soit volontaire » répètent les ordonnances successives depuis Louis XIV jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. On en viendra à faire confirmer l’engagement, en présence de celui qui l’a contracté, devant un commissaire des guerres ou un subdélégué de l’intendance. C’est aussi la période de l’apparition de la publicité pour le recrutement par voie d’affiches illustrées.

L’autre méthode pour trouver des recrues consiste à impliquer les officiers des régiments. Ainsi on oblige les officiers se rendant en semestre, c’est-à-dire en permission, de recruter un certain nombre d’hommes ; en cas de succès ils perçoivent une prime, mais dans le cas contraire ils payent une amende. En octobre 1758, avant les quartiers d’hiver et les congés pour certains officiers, le maréchal de Belle Isle écrit à Contades : « Je crois Monsieur le Maréchal que vous rendez un grand service à l’état, en excitant bien sérieusement M. M. Les colonels à faire des recrues, je ne dis pas qu’ils n’auront point de milices absolument ; mais je dis que ceux qui par leur négligence n’auront pas fait les recrues possibles ; payeront les miliciens, que le Roi leur donnera pour les compléter, le double de ce qu’il leur en aurait coûté, s’ils avaient travaillé ; et on proportionnera le prix à la paresse ou à la négligence des capitaines ; ce qui vous paraîtra, je crois, très juste. » La correspondance des frères Prunelle durant la guerre de Sept Ans, nous apprend que Prunelle de Saint Didier, cornette dans Royal dragons, doit recruter trois hommes et n’en ramenant qu’un seul il se voit retenir cent écus sur son traitement. Et son frère Prunelle de Roisson, lieutenant au régiment d’infanterie de Berry, préfère ne pas partir en semestre afin d’éviter l’amende.

Sous le ministère de Belle Isle, une petite révolution débute au cours de la guerre avec la création des bataillons de recrues en 1760. Elle aboutit aux ordonnances de décembre 1762, puis en février 1763 à la création de régiments de recrues et la suppression de la charge du recrutement par les capitaines. (On pourrait même dire importante révolution que l'abandon de la charge du recrutement par le capitaine).

Le rachat des prisonniers est aussi un élément important pour recomposer les régiments. Ainsi pour récupérer « huit à dix mille vieux soldats », Belle Isle écrit à Contades en octobre 1758 : « j’espère que les mille écus que Mr. de la Salle portera, pour payer à compte de ce qui est dû à la Chancellerie de Hanovre, satisferont, et que au surplus de ce qui reste dû, n’empêchera pas la consommation [réalisation] du cartel. »

Beaucoup de soldats sont illettrés, au bas de certains actes on peut lire : « ne sachant écrire, a fait sa marque » ou « déclarer ne savoir l’usage d’écrire et a fait sa marque ordinaire. » Mais ce n’est pas une généralité, comme nous le montrent les rares, mais touchantes lettres d’engagés ou de miliciens écrites à leur famille. Et, s’il est suffisamment instruit pour pouvoir tenir un livre, il deviendra caporal puis sergent ou fourrier.

L’engagement se fait pour six ans. Ceux qui obtiennent des promotions, aux grades d’anspessades, caporaux, sergents ou qui deviennent grenadiers, doivent servir trois années supplémentaires. Il leur est libre de renoncer à ces promotions. À l’issue de ces six années, ils peuvent se rengager pour une période plus courte, le minimum en théorie étant d’une année. Les Alsaciens peuvent servir dans les régiments français ou allemands, mais jusqu’en 1727, ils ne pouvaient être admis aux Gardes françaises. Enfin, rare, mais coûteux privilège, les sujets du Comtat Venaissin et de l’état d’Avignon ont trois jours pour se rétracter de leur engagement, mais outre la prime qu’ils doivent rendre, ils doivent payer une indemnité de trente livres au capitaine (ce qui en limite la portée).

À son engagement le soldat prend un surnom, c’est par ce surnom qui figure sur les contrôles des troupes et que le soldat est alors connu à l’armée. Ce surnom évoque un lieu d’origine, ville, province : Provençal, Poitvin, Lorrain…, ou un saint : Saint Louis, Saint Briac, Saint André… Il peut faire allusion à la physionomie : Lagrandeur, Belair, Bellerose, Beausoleil, Rocfort, ou parfois conserver le nom original de famille ou légèrement modifié. Beaucoup ont des surnoms empreints d’humour : Sansregret, Belhumeur, Brindamour…

Certains régiments conservent une identité régionale au fil des décennies, malgré les changements des colonels et le renouvellement des capitaines. Il en est ainsi du régiment Royal Corse où les capitaines seront toujours corses et tireront leurs recrues de l’île. De même pour le régiment Royal Roussillon comme l’écrit Guignard dans L’École de Mars : « […] dans le Royal Roussillon, qui était mélangé de même : le commandement s’y faisait en jargon catalan où personne ne comprend rien, s’il n’est naturel de ce pays », ou Royal Cantabres qui doit être composé d’officiers et de soldats d’au-delà de l’Adour et du comté d’Armagnac. Pour la majorité des régiments, les noms de province qu’ils portent n’indiquent plus l’origine géographique du recrutement. Toutefois, le mode de recrutement des compagnies à la charge du capitaine amène la formation de groupes de recrues issues d’un même village ou d’une même zone géographique.

Le soldat engagé se trouve déraciné, envoyé en garnison dans les places des régions frontalières qui changent régulièrement. Il se crée des familles de militaires, soldats mariés qui vont servir toute une vie et avoir un ou plusieurs fils qui s’engagent à leur tour. Familles, dont les racines, le village deviennent le régiment. Et les exemples retrouvés dans les archives sont très nombreux et nous montrent la solidarité qui s’établit pour les veuves et enfants de ces familles de soldats. Audoin à ce propos écrit : « Par une tolérance louable, les régiments avoient reçu les enfants des soldats, âgés de six ans, avec demi-paye de fusiliers. À seize ans, ils leur accordaient le prix de l’engagement, et la solde entière. Si à cet âge ils refusaient de s’engager, ils payaient à la masse cent livres de dédommagement. On les employait, soit à la musique, soit à confectionner les effets d’habillement et d’équipement. Le conseil [en 1778] voulut que le nombre d’enfants ainsi élevés fût réduit à seize par régiment. »  On essaye bien de limiter les mariages des soldats aussi bien que de l’officier, qui doivent en demander l’autorisation au commandant de leur régiment. De même il est interdit aux prêtres qui servent à l’armée de célébrer un mariage sous peine d’être punis comme fauteurs et complices du crime de rapt. Une partie de ces femmes de soldats suivent l’armée en campagne, ainsi en 1758, le commissaire des guerres à l’armée note la réquisition de plusieurs maisons qui doivent accueillir les huit femmes de cavaliers du régiment de Fumel cavalerie. En 1797 encore, on peut lire dans l’Encyclopédie à propos du mariage des gens de guerre : « Les quinze ou vingt femmes qui sont aujourd’hui à la suite de chaque corps militaire donnent plus de peine dans les routes et l’établissement du logement, qu’un nombre quadruple de soldats… » Les tableaux de Watteau, Parrocel ou Vernet nous montrent ces familles avec femmes, bébés et enfants à la suite de l’armée.

L’enrôlement de femmes comme soldats s’il est anecdotique est bien réel, comme cette Marie Bertrand, surnommée La Douceur, qui est découverte après avoir servi plusieurs mois dans le régiment d’infanterie d’Enghien. Et l’on en retrouve aussi dans la cavalerie.

... à suivre
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Ven 26 Oct 2018 - 11:53

Bonjour et merci pour ce premier épisode!
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Ven 26 Oct 2018 - 12:16

Suite et fin du recrutement, prochain épisode si cela vous intéresse "l'école du soldat".

....

Les ordonnances ne mentionnent pas de taille requise pour servir dans l’infanterie française, alors qu’elle est fixée à cinq pieds pour les miliciens. La tendance de certains colonels de privilégier la prestance et la belle taille est l’occasion d’un rappel à l’ordre en 1728 par M. d’Angervilliers, alors secrétaire d’État à la Guerre, qui leur enjoint de ne pas congédier les recrues qui se trouveraient en dessous de cinq pieds deux pouces (1,678 m) pourvu qu’ils soient « bien sur leurs jambes, de tournure, d’âge et de force convenable pour le service. » Les affiches de recrutement nous donnent aussi quelques informations. Ainsi une affiche du régiment de Rouergue indique qu’il recrute à partir de cinq pieds deux pouces, et celui de Navarre recrute à partir de cinq pieds un pouce, mais également à cinq pieds d’espérance pour les adolescents. Les lettres de Guillaume de l’Église de Lalande capitaine au régiment de Champagne nous montre que dans ce régiment « au-dessous de cinq pieds deux pouces on ne les reçoit pas » et quand il demande à son frère de l’aide pour recruter deux hommes il lui précise : « faites attention que la toise soit bonne. »

L’âge de recrues doit être supérieur à 16 ans et même 18 ans pour les Gardes françaises. Ce que l’on note dans les contrôles des troupes, c’est la grande amplitude d’âge dans les régiments, aussi bien des jeunes recrues qui ont entre entre 17 et 35 ans, que des rengagés qui atteignent 45-50 ans. La taille n’en reste pas moins un élément important pour le recruteur et le recruté ; ce dernier perçoit une prime pour boire proportionnelle à sa taille. Cette gratification donnée au soldat est à l’origine du mot pourboire : « Les hommes de recrue recevront le pour-boire aussitôt qu’ils auront signé leur engagement. » Elle deviendra une somme systématiquement remise en complément de la prime d’engagement du soldat avec l’ordonnance sur l’administration des corps du 25 mars 1776.

La désertion est un des fléaux de toutes les armées de cette période, les causes en sont nombreuses : les mauvais traitements des soldats, les punitions, la discipline qui dans certains régiments se veut prussienne, les promesses non tenues, le maintien au-delà du terme de l’engagement, l’enrôlement forcé des miliciens, les difficultés du quotidien qui poussent à la maraude, la solde qui n’arrive pas, etc. Les officiers en connaissent parfaitement les causes ainsi Bohan écrit : « La désertion a chez nous des causes plus réelles, et ceux qui les ont étudiées, n’attendent pour les dévoiler, que de trouver en place un ministre qui puisse ou qui veuille les entendre. »  À l’entrée de la guerre de Sept Ans, le capitaine Mercoyrol de Beaulieu du régiment de Picardie l’exprime ainsi « … après sept ans de paix, alors que les deux tiers au moins des soldats sont nouveaux et n’ont vu brûler de la poudre qu’à l’exercice de paix, vous devez vous attendre à voir leur honneur compromis. »

En garnison, le soldat est considéré comme déserteur s’il est retrouvé sans congé, éloigné de deux lieues (8 km) de sa garnison. En guerre, durant les campagnes, il est interdit de s’éloigner du camp à moins d’un quart de lieue, sauf service particulier ou autorisation délivrée par le prévôt ; pour aller aux légumes par exemple. La punition de mort pour désertion, rétablie sous Louis XIV, ne sera supprimée que par Saint-Germain en 1778 et la peine de la chaîne supprimée en 1786. Lorsqu’il était pris, le déserteur était rapidement jugé et condamné à avoir le nez et les oreilles coupés, la fleur de lis ardente appliquée sur les deux joues, puis conduits aux galères de Sa Majesté pour être forçat à perpétuité. Malgré ce châtiment cruel, rien n’endigue le flot de ces soldats qui quittent les armées royales. Régulièrement est établie une liste des soldats réputés déserteurs. Durant la guerre sont publiés tous les 4 ou 6 mois des rôles portant les noms, régiments et signalements des déserteurs. Ils sont diffusés aux intendants, commandants des places, commissaires des guerres, majors des régiments et à toutes les maréchaussées du royaume ; lesquelles sont tenues chacune dans leur département de faire des visites chaque mois dans les lieux de naissance des déserteurs. Pour établir ce rôle, on utilise les contrôles des régiments d’où l’on tire le signalement du déserteur. Les inscriptions sur le registre d’engagement sont faites sur la base des déclarations de l’engagé, les seuls actes d’état civil de cette époque qu’étaient les registres paroissiaux, n’étaient pas utilisés. En cas de non-présentation à l’expiration d’un congé limité, le prévôt de l’armée établit une sommation, et si le soldat n’est pas de retour dans les trois mois, il est condamné comme déserteur par contumace.

L’amnistie constitue l’autre solution trouvée par le pouvoir pour recomposer son armée ; montrant bien l’impuissance de l’état à la fois à lever de nouvelles recrues en nombre et à diminuer le flux des déserteurs. En avril 1757, le Roi fait publier une ordonnance amnistiant les déserteurs de la guerre de succession d’Autriche, terminée 9 ans plus tôt, qui s’étant enrôlé « dans les troupes qui sont actuellement employées à troubler la tranquillité du Corps Germanique », se rendraient à l’armée du Bas-Rhin ; sont visés ici les soldats français des troupes prussiennes et hanovriennes. On lui publie un correctif en mai 1757, précisant que, bien sûr, si les déserteurs s’étaient engagés au service des nouvelles puissances alliées, en particulier l’Autriche, ces déserteurs seraient amnistiés et pourraient revenir en France sans être inquiétés, dès lors qu’ils y auraient fini leur engagement et obtenu un congé régulier de l’armée alliée. La nécessité de recomposer les armées est telle qu’il y existe des cartels d’échanges réciproques de déserteurs entre belligérants depuis le XVIIe siècle.

Il faut noter qu’il ne sera jamais question dans un texte officiel de la désertion des officiers, et ce jusqu’au milieu du XIXe siècle. En 1743, le comte d’Argenson répond au marquis de Bissy à propos des maréchaux des logis de la cavalerie, qui à cette époque sont encore considérés comme des officiers : « ils se montent et s’habillent à leurs dépens et lorsqu’ils quittent leur service, ils ne sont pas assujettis aux peines de la désertion. » On considère que la noblesse à une fonction militaire née, aussi il lui est permis de servir à l’étranger sans trahir sa nation. En règle, on demande au Roi la permission d’aller se mettre au service d’un prince étranger, et si par le jeu des alliances ce dernier devient un ennemi, rien ne s’oppose à ce qu’il continue à servir ce prince. Un certain nombre d’officiers français resteront au service de Frédéric II durant la guerre de Sept Ans.

Enfin en raison des privations ou de l’absence de paye, certains soldats stationnés en France, font de la contrebande de sel et deviennent des faux sauniers. Ils quittent leurs régiments pour aller acheter du sel dans des pays rédimés ou exempt de gabelle pour le revendre avec profit. Ainsi « ayant pris le party d’aller en Auvergne acheter du sel pour vivre plus commodément du profit qu’ils y feroient, n’estant pas payé de leur solde, et ne pouvant subsister au régiment… » nous livre l’extrait d’un interrogatoire de soldats.
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Ven 26 Oct 2018 - 12:22

Très intéressant, merci!
Pourquoi ne pas enchaîner avec l'école du soldat, si ce n'est pas trop demander Rolling Eyes
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Cathelineau
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Ven 26 Oct 2018 - 13:18

Bonjour,

Merci beaucoup pour cet exposé !

Bien cordialement.
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Cathelineau
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Ven 26 Oct 2018 - 14:44


Cérémonie de mariage dans un camps militaire, par Charles Parrocel (vers 1725 / 1750).

Une autre vue de camps, du même artiste, vers 1740:


Un autre camps par Charles Cozette,élève de précédent, œuvre exécutée pendant la campagne des Flandres de Louis XV en 1744:


Toujours de Charles Cozette:
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Crevette
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Ven 26 Oct 2018 - 15:53

Bien tout ça!
Ca commence à prendre forme Very Happy
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Chevert
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Ven 26 Oct 2018 - 17:32

Alors on continue avec école du soldat, puis la formation et carrière des jeunes officiers ...

L’école du soldat

Au fur et à mesure de leurs arrivées au sein des compagnies, les nouvelles recrues sont confiées aux sergents qui vont se charger de leur formation militaire. Les recrues étant considérées comme une propriété par un capitaine, les nouvelles recrues de compagnies différentes ne sont pas regroupées pour une instruction de base commune.

Dans l’école du soldat, publiée en 1753 sous forme d’une instruction concernant l’exécution de l’ordonnance du 7 mai 1750, on voit la création des classes de soldat et de l’escouade. Les soldats de première classe sont choisis parmi les soldats, anspessades et caporaux les plus expérimentés et bien exercés, ils sont chargés d’instruire les soldats dits de seconde classe ; ces derniers devant passer un examen pratique pour être admis en première classe. Quand tout le régiment ou sa plus grande partie est formé de soldats de première classe, ils se constituent en escouades tenues de s’entretenir régulièrement aux exercices, maniement des armes. L’escouade est une nouvelle sous unité de la compagnie, ce n’est pas une formation de combat, mais uniquement une unité d’instruction. Ce n’est réellement qu’à partir de l’ordonnance de 1764 que sera détaillée l’instruction individuelle et collective du soldat et de la compagnie et deviendra école de compagnie puis exercices de détails en 1774. Bien qu’il serve dans l’armée Sarde, Pictet en 1761, dans son Essai sur la tactique de l’infanterie, nous détaille bien ce que devait être la progression de l’école du soldat.
L’instruction individuelle est quotidienne le matin, elle est faite par les caporaux et anspessades sous la conduite des sergents. L’instruction par escouade a lieu une fois par semaine, le dimanche matin. Enfin, chaque bataillon entier s’exerce aux manœuvres une fois par semaine, du 1er mai au 1er septembre et tous les 15 jours durant la période hivernale. Et dans les places de garnison, le major de la place fait exécuter un exercice général à toutes les troupes de la garnison une fois par mois.

Pour commencer leur instruction les recrues apprennent à marcher au pas cadencé de façon individuelle, puis à deux, puis à quatre, etc. afin d’acquérir de la cohésion dans l’exécution des manœuvres. Puis on leur enseigne toutes les manœuvres et conversions pour se former sur trois lignes, en colonne… et toujours au pas cadencé. En parallèle se fait l’apprentissage des différentes batteries de tambours et des signaux des majors pour la transmission des ordres.
Note à propos du pas cadencé: le maréchal de Saxe écrivait que la force de l’infanterie était dans ses jambes ; il est partisan du tact pour régler le pas du fantassin. Il s’opposait ainsi à Puységur qui ne voyait pas d’utilité au pas cadencé, ni même aux rangs serrés pour les évolutions. C’est sous l’impulsion du comte de Bombelles que l’infanterie française adopte en 1754 le pas cadencé et le pas emboîté ; c’est-à-dire le fait de marcher en file serrée, en cadence, de manière à ce que le pied de l’homme qui suit se pose à la place que quitte le pied de l’homme qui le précède. L’adoption du pas cadencé apporte une amélioration considérable. Les mouvements de l’infanterie se faisaient en rangs ouverts, lentement et avec beaucoup d’espace. Le pas cadencé permet de réaliser les mouvements plus rapidement et en rangs serrés.

Les exercices du maniement des armes ne sont que la répétition mécanique des 15 temps du rechargement, sans tir effectif. Après cet enseignement individuel, ils s’exercent aux exercices de feu collectif pour accoutumer les soldats à tirer ensemble ; par section, par peloton, par rangs… le plus souvent sans poudre et avec des pierres en bois ou alors avec les gargousses, mais toujours à blanc. Il existe déjà un enseignement au tir isolé sur des cibles, mais il est très peu pratiqué ; en grande partie en raison du coût de la poudre et du plomb, qui ne sont pas attribués de façon permanente en dotation aux régiments ou aux compagnies, mais dont il faut faire la demande auprès du Corps de l’artillerie. Le tir à balle sur cible se pratique essentiellement dans les camps d’instruction.

Les camps d’instruction existaient de façon occasionnelle depuis Louis XIV. Sous son règne, c’est aussi souvent des camps de travaux ; le Roi trouvant là une main-d’œuvre nombreuse et corvéable. Sous Louis XV, les camps se font plus réguliers, et l’on en profite pour exercer les troupes aux nouvelles ordonnances, on les analyse et les officiers généraux en rendent compte au ministère. Certains servent à la fois de camps de rassemblement et de mobilisation en prévision de la guerre et de camps d’instruction, comme en 1727 ou en 1756. Ce sont aussi des camps où l’on pratique des essais tactiques comme au camp sous Sarrelouis en 1754, où 200 hommes du régiment de Touraine sont instruits des manœuvres prussiennes et les appliquent devant les officiers généraux comme le duc de Belle Isle. À propos de cet essai, Bombelles concluait, écrivant à d’Argenson en mai 1754 : « Je vous assure Monsieur qu’il serait à désirer que tous les officiers des troupes du Roi, pussent remarquer, comme nous l’avons fait, que le feu prussien n’est qu’un tonnerre effrayant qui ne peut produire qu’un médiocre effet, au lieu que le notre, servi selon notre ancien usage, est infiniment plus meurtrier et par conséquent supérieur. »

En 1753, au camp de Beaucaire sous M. de Crémille, il sera tiré 543 000 gargousses dans un camp qui rassemble 10 bataillons d’infanterie ; soit un peu plus de 5 000 hommes. Attention toutefois l’essentiel des cartouches tirées sont à blanc, sans balle, lors des simulations d’attaque et de défense. Une toute petite partie seulement des tirs se font à balle et sur cible. Mauvillon écrit : « D’abord pour tirer vraiment juste, il faut un usage assez continuel. Dix ou douze coups tirés par an ne suffisent pas pour cela. » Ce n’est que dans l’instruction de 1769 que l’on prescrit d’exercer principalement les grenadiers et les soldats de la première classe à tirer à la cible « afin de leur apprendre à bien mettre en joue et à tirer juste : il sera distribué à cet effet, un prix à celui d’entre eux qui aura le mieux tiré. »

L’image des armées de l’Ancien Régime n’est pas toujours flatteuse, elles sont souvent regardées à l’aune des armées victorieuses de la Révolution et de l’Empire. Pourtant, il existe déjà une certaine modernité dans l’organisation en division ou lors des manœuvres d’entraînement. Ainsi la lecture de l’instruction du 1er mai 1769 est intéressante et l’on avait déjà commencé à pratiquer de la sorte durant les camps d’instruction de 1755 et 1756. Voici l’exemple d’un exercice qui avait pour but d’apprendre aux soldats à recomposer les rangs après chaque salve ennemie.

Les jours de petite guerre [ici dans le sens d’entraînement], on distribuait au tiers des hommes de rang des cartes à jouer où un chiffre était inscrit. Chacun accrochait sa carte à un des boutons de l’habit ; le hasard présidait à la répartition de ces chiffres, qui allaient de 1 à 6 et qui étaient destinés à désigner ceux des hommes qui seraient censés mis hors de combat. On plaçait deux bataillons en bataille l’un vis-à-vis de l’autre à portée de fusil ; l’un d’eux était destiné à marcher au pas de charge, l’autre à exécuter des feux à poudre ; à la première décharge, la troupe en marche se diminuait de tous les hommes portant le chiffre 1 ; ils restaient à genoux et les serre-files faisaient occuper les places vides par des hommes du troisième rang ; à une seconde décharge les places occupées par les hommes portant le chiffre 2 devenaient vacantes à leur tour, et ainsi de suite, de sorte qu’à la fin n’était plus que sur deux rangs.

De même la sécurité est prise en compte, le règlement provisionnel pour le service de l’infanterie en campagne de 1744 précise : « On aura grande attention de visiter les armes par compagnie avant l’exercice, afin d’être assuré qu’il n’y en aura point de chargées. On défendra aux soldats d’avoir des balles sur eux les jours d’exercice, et l’on prendra généralement toutes les précautions nécessaires pour éviter les accidents. » Dans le camp d’instruction de Sarrelouis en 1754, commandé par M. de Chevert ; l’on fait des simulations de manœuvres et de combats avec des tirs à poudre sans balles, l’éclat du canon d’un fusil d’un soldat du régiment de La Tour du Pin, ajouté à la déchirure inopinée, en pleine action, de la soie d’un étendard du régiment de cavalerie de Beauvilliers fait arrêter l’exercice. Toutes les armes et gibernes sont contrôlées afin de s’assurer que l’on n’ait pas fait distribuer des cartouches à balles, sans que l’on y retrouve d’erreur de distribution ; c’était une fausse alerte.
On veille à ce que les armes soient toujours bien déchargées au tire-bourre ; en particulier quand le coup a fait long feu. Et pour s’en assurer une technique consiste à laisser tomber vivement la baguette de fer dans le canon, si celui-ci est vide la baguette doit rendre un son métallique lorsqu’elle percute le fond de la culasse. Mais en pleine action, les accidents restent nombreux.

Enfin l’économie prévaut aussi, comme dans les camps d’instruction, où pour les entraînements au tir sur cible, on place la cible de bois, peinte en blanc devant une butte de terre qui permet à la fois d’assurer la sécurité, de limiter le nombre de balles perdues et de récupérer le plomb qui coûte cher. Après les camps, le bois acheté pour construire les batteries d’exercices du canon ou de mortier est revendu également. C’est d’ailleurs l’origine de l’expression «  de butte en blanc », qui relevait l’amélioration de la précision du tir des soldats.
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Sam 27 Oct 2018 - 11:54

Vous aurez sans doute remarqué que je ne fait ici état que de l’infanterie. Pour la cavalerie c’est un peu différent, jusqu’à la moitié du 18e n’y a pas encore de manège, chaque colonel utilise sa propre méthode d’apprentissage de la monte même si les évolutions sont réglées par les ordonnances et beaucoup d’autre détails diffèrent.
On va rester sur l’infanterie, avec la formation et carrière des officier.


La fortune, clef de la carrière militaire de l’officier


La fortune fait l’arme ; la noblesse de cour achète des compagnies ou des régiments de cavalerie, la noblesse de province moins aisée fait carrière dans l’infanterie. À la différence des armes techniques, où ce sont les capacités et l’intérêt qui orientent le futur officier vers les écoles d’artillerie ou du génie.

La majorité de la noblesse, en particulier celle de province, s’appauvrit. Les revenus tirés de terres s’amenuisent et dans le même temps en raison de la vénalité des charges publiques, dont les charges militaires, leur prix ne cesse de croître. Saint Simon écrivait à propos des charges militaires : « cette vénalité de l’unique porte par laquelle on puisse monter aux grades supérieurs est une grande plaie dans le militaire. C’est une gangrène qui ronge depuis longtemps tous les ordres et toutes les parties de l’état, sous laquelle il est difficile qu’il ne succombe. » Dans ses mémoires le comte de Saint Germain en fait une analyse plus lucide encore : « Il s’est introduit une distinction pernicieuse entre la noblesse de cour et la noblesse de province, qui vaut presque toujours mieux, entre la riche et la pauvre, de manière que l’une a tout, sans rien mériter, et que l’autre n’a rien ; quelque chose qu’elle mérite ; que tout le monde a des prétentions, et que peu de personnes se mettent en devoir de les justifier par des services et des talents. »

Il existe des exceptions à cette règle, où le mérite se voit récompensé par la promotion, même jusqu’au grade d’officier général. Chevert, qui atteint le grade de lieutenant général, est un des exemples de carrière qui récompense la valeur militaire. Les soldats aussi peuvent devenir officiers et être fait lieutenants par leur ancienneté de service et leur mérite.

La paupérisation de la noblesse d’épée est une des raisons de la place croissante à l’armée des officiers issus de la bourgeoisie ou de la magistrature aisée qui se développe ; avec comme viatique une belle tournure et surtout une fortune suffisante pour leur permettre de vivre noblement. Même dans un corps prestigieux comme la Maison du Roi, la noblesse fortunée fait défaut. Le train de vie d’un Garde du Corps ou d’un simple maître aux Chevaux légers est tel que parfois certains officiers quittent ces corps faute de moyens financiers. Cette clémence vis-à-vis de la roture varie selon les circonstances, tolérée en temps de guerre, mais plus difficile à faire admettre durant les périodes de paix où les emplois à l’armée sont réduits.

Ce marché des emplois de l’armée entraîne l’amoindrissement du rôle de l’ancienneté pour les promotions, favorisant l’installation du concordat dans le mécanisme de promotion militaire. Le concordat est un arrangement financier, il est conclut afin d’obtenir le retrait d’un officier plus âgé, c’est une sorte de prime à la retraite anticipée. Les officiers font une caisse commune pour faire partir le plus ancien, chacun se retrouvant gravir un échelon vers une éventuelle promotion. Toutes ces pratiques sont interdites par les règlements et ordonnances. Dès son arrivée au ministère en mars 1758, Belle Isle dénoncera de nouveau ces abus dans une lettre circulaire adressée à tous les colonels. Il y aura bien quelques sanctions sévères pour servir d’exemple, mais il ne parviendra pas à éradiquer le problème.

La formation des officiers

Le pouvoir royal a toujours cherché à accompagner la formation de la jeune noblesse au métier des armes. Si elle s’est imposée et structurée pour les corps techniques comme la marine, l’artillerie ou les ingénieurs, avec la création d’écoles spécifiques à Rochefort, La Fère, Mézières… Pour l’armée de terre, avec l’infanterie et cavalerie, il faut attendre le milieu du 18e siècle pour voir s’instaurer les premières écoles militaires ou la création des manèges.

Les futurs officiers suivent à peu près tous le même cycle d’apprentissage. Elle commence dans la petite enfance par l’acquisition de la lecture et de l’écriture avec un précepteur. Puis, vers 10 ans, le jeune garçon est envoyé dans un des nombreux collèges du royaume ; en général comme pensionnaire. Il y apprend les rudiments des mathématiques, du dessin, de la géographie, parfois de l’équitation. Les collèges sont tenus par des communautés religieuses, souvent des Jésuites, mais aussi des Bénédictins, des Barnabites, des Doctrinaires… Depuis Henri IV, les Jésuites avaient obtenu l’autorisation d’ouvrir des écoles ; comme au collège Royal de la Flèche, fondé et donné aux Jésuites par Henri IV en 1603. Après la suppression de la congrégation des Jésuites en 1761, le collège de la Flèche devient, en 1764, un collège militaire, « un pensionnat pour servir de séminaire à l’École Royale Militaire ». Si sa famille est assez riche, il bénéficie, durant ces 3 à 5 années années de collège, d’un précepteur ou d’un répétiteur.
En grandissant, il fréquente aussi les cours d’une des nombreuses salles d’armes du royaume où il s’initie à l’escrime.
Puis vers 15-17 ans, le jeune homme entre comme cadet dans un régiment, où durant 1 à 2 années, il apprend le maniement des armes, les exercices et la discipline militaire. S’il appartient à la grande noblesse, et qu’il est destiné à être pourvu d’un régiment, c’est aux Mousquetaires de la Maison du Roi ou dans le régiment d’infanterie Du Roi qu’il fait son entrée dans l’armée. S’il est moins fortuné, on fait appel aux nombreuses relations de sa parentèle pour trouver un capitaine, un major ou un colonel qui accepte de le prendre dans son régiment. Et les dépenses augmentent, maintenant il lui faut un équipage de deux ou trois chevaux, un valet, etc. Il doit aussi faire face aux frais de la vie en garnison, aux jeux d’argent. À défaut d’argent, il entre comme volontaire dans un régiment, il doit alors vivre et s’équiper à ses dépens.
À la fin de sa formation de cadet, il devient sous-lieutenant ou sa famille lui achète une lieutenance ou une compagnie et il devient capitaine.


Certains jeunes hommes assez fortunés, avant d’entrer comme cadet suivent durant une ou deux années des cours dans une des rares académies du Roy, à Paris, Lyon… où « l’on y apprend les exercices convenables à la noblesse et aux gens de guerre. ». Dans ces institutions consacrées à l’origine à l’équitation, ils suivent des cours plus spécifiquement orientés vers le métier des armes. On y trouve des professeurs de langue comme l’allemand, l’italien, des maîtres d’armes ; on y enseigne les exercices militaires, mais aussi le dessin et la danse.

À noter qu’il y avait eu, à plusieurs reprise depuis le 17e siècle, la réunion des cadets sous forme de compagnies de cadets ou de cadets gentilshommes. Les dernières formations de ce type avant la guerre de Sept Ans ont été assemblées entre 1726 et 1733. Mais, même si d’excellents officiers en sont sortis, ce ne seront jamais que des essais transitoires.
Une exception est constituée par la compagnie des cadets gentilshommes du Roi de Pologne établie à Lunéville et qui est maintenue depuis sa création en décembre 1738, jusqu’à la mort du roi de Pologne en février 1766.

L’École Royale Militaire

Richelieu, Mazarin puis Louvois avaient déjà eu l’idée de créer une école militaire, mais ces projets n’eurent pas de suite. En 1724, Paris Marmontel forme le projet d’une école polytechnique. Mais son projet, trop ambitieux et trop coûteux, sera abandonné. Quelques années plus tard en 1749, son frère Joseph, Paris Duvernay, propose au Roi l’établissement d’un collège académique qui doit permettre à la grande majorité de la noblesse désargentée, qui fait le fond des officiers de l’armée, d’assurer l’avenir d’une partie de ses enfants. L’édit de création de l’école royale militaire est promulgué en janvier 1751 sous le ministère d’Argenson. À cette occasion, Paris Duvernay sut parfaitement jouer de l’influence de la Pompadour auprès du Roi pour mener à bien son projet. Le marquis de Salières, lieutenant général et inspecteur général de l’infanterie est le premier gouverneur de l’école. Sans attendre la construction des bâtiments de l’école à côté des Invalides, les cours commencent au château de Vincennes dès 1753 avant de rejoindre les premiers bâtiments en juillet 1756. En théorie, elle devait accueillir 500 élèves, mais seule une moitié sont admis lors de son ouverture. Les premiers élèves en sortiront à l’entrée de la guerre de Sept Ans et rejoindront les régiments ; le plus souvent comme sous-lieutenants ou lieutenant réformé à la suite d’un régiment. À leur sortie de l’école militaire, ils perçoivent une pension annuelle de 200 livres dans l’attente qu’ils puissent subvenir convenablement à leurs besoins. Même s’il ne perçoit pas de solde, l’officier réformé est considéré comme en activité, cette période est comptabilisée dans son ancienneté de service ; à cette époque l’ancienneté est fondamentale pour l’avancement et la carrière.

L’uniforme des élèves de l’école militaire est : habit bleu, veste et parements rouges, boutons blancs, collet jaune, chapeau bordé d’argent.
En 1776, 10 nouvelles écoles militaires seront créées dans toute la France.

Le recrutement des colonels


Jusqu’au milieu du 18e siècle, nulle qualité, ni qualification ou expérience n’est requise pour devenir colonel d’un régiment. Un court passage comme cadet dans la compagnie des Mousquetaires et voilà notre jeune homme prêt à mener son régiment au combat. C’est ainsi que se multiplient les colonels à bavette ; et Voltaire de brocarder cette habitude, faisant dire à son héros dans l’Indiscret publié en 1725 : « Colonel à quinze ans, je pense avec raison, Que l’on peut à trente ans m’honorer du bâton ». Le Roi n’est pas en reste pour montrer le mauvais exemple, lorsqu’il donne en 1758 le régiment Royal Carabiniers à son petit-fils qui n’a que trois ans. Alors qu’au même moment son ministre de la guerre, le maréchal-duc de Belle Isle, obtient du Roi qu’on ne puisse admettre au commandement d’un régiment, un officier qui n’ait déjà servi en qualité de lieutenant puis de capitaine.

Le duc de Croÿ en fait la pénible expérience. En mars 1758, il mène son fils de 13 ans et 4 mois chez M. de Jumilhac pour le faire inscrire comme mousquetaire. Quelques semaines plus tard, il va présenter son fils au Roi et à la Cour. Il y rencontre une première fois le maréchal de Belle Isle, fâché qu’on ait admis le jeune homme aux Mousquetaires alors qu’il n’a pas les 15 ans révolus nécessaires. Et lors d’un repas le lendemain, voici ce que rapporte le duc de Croÿ : « Mais, en sortant de table, le maréchal se mit précisément à déclarer tous ses projets, qui étaient d’être cinq ans capitaine et de ne pouvoir avoir de régiment qu’à 23 ans. Je comptais que mon fils en aurait un à dix-sept, et cela aurait été, si les choses étaient restées sur l’ancien pied. Je représentai que nous ne méritions pas de faire un pareil exemple, mais le maréchal était sourd, et il y avait trop de monde pour que je parlasse haut… je voyais le col cassé à mon fils par la nouvelle règle de n’avoir de régiment qu’à vingt-quatre ans, règle raisonnable à certains égards, mais qui, confondant tout, ôtait à la noblesse de cour tous ses avantages. »

Quelques semaines plus tard, par la publication du règlement du 29 avril 1758, la décision devient définitive : « En conséquence, S.M. a décidé que dorénavant aucun officier ne pourra être pourvu d’un régiment qu’il n’ait auparavant servi au moins pendant sept ans, dont deux en qualité de lieutenant, enseigne, de sous-lieutenant ou de cornette, et cinq en celle de capitaine dans l’infanterie, la cavalerie ou les dragons. »

L’aristocratie de l’Ancien Régime est en pleine évolution ; le duc de Croÿ est l’archétype de cette vieille noblesse de cour pour qui le rang qui est le sien lui donne des prérogatives et des priorités sociales. Ainsi, on achète une compagnie, un régiment comme un bien, une terre. Voici ce que l’on peut lire dans le Journal de Dangeau au mardi 16 septembre 1710, à Versailles : « M. le duc de Mortemart a perdu au jeu une somme considérable contre le prince d’Isenghien et lui donne son régiment à vendre pour en payer la plus grande partie. M. de Beauvilliers, beau-père de ce duc, veut bien faciliter à son gendre les moyens de payer comme il le souhaite et espère qu’une pareille aventure corrigera M. de Mortemart du jeu. »

En 1714, Louis XIV fixe une nouvelle fois le prix des régiments et interdit « d’excéder lesdites sommes sur peine de privation des régiments. » Les six Vieux coûtent 75 000 livres, les six Petits vieux coûtent 50 000, le prix du régiment Poitou et ceux qui le suivent jusqu’aux créations de 1684 coûtent 40 000 livres, le prix des autres régiments, créés à partir de 1684, coûte 30 000 livres. Malgré l’ordonnance de Louis XIV, les montants restent variables, en particulier pour les régiments de gentilshommes. L’ordonnance de 1762, qui les transforme en régiments provinciaux, en fixe de nouveau le prix.

Note sur la position particulière du lieutenant-colonel, il occupe une charge non vénale, elle est donnée par le Roi à des capitaines expérimentés, mais pas assez fortunés pour acquérir celle de colonel. Dans ses choix le Roi ne suit pas obligatoirement l’ancienneté des brevets des capitaines.

Les sacrifices du service à l’armée

Pour les officiers de l’état-major d’un régiment, le service à l’armée est une très lourde charge financière dont on ne tire pas de bénéfice, mais au contraire des pertes élevées et souvent des dettes ; particulièrement durant la guerre. Le Roi publie même des avis à surseoir à la saisie des biens, des exemptions de taille, etc. pour certaines des dettes qu’officiers et soldats auraient été obligés de contracter durant la guerre. Ces mesures sont souvent insuffisantes pour leur éviter la misère.

L’officier doit se pourvoir de tout sur ses deniers personnels : uniforme, équipage, chevaux, logement et valets, palefreniers, etc. En mars 1757, M. Mopinot de la Chapotte, officier de dragons issu de la noblesse de robe écrit : « La raison me dit qu’à peine arrivé à Paris, il faudra partir pour aller me mettre en posture de battre un Frédéric, roi de Prusse, qui ne m’a fait ni bien ni mal ; elle me dit aussi qu’il faudra y employer le peu de temps que j’y séjournerai à acheter des chevaux, à faire construire des tentes, lits, batteries de cuisine, à emprunter de l’argent, à me ruiner pour servir un roi qui peut être ne me servira jamais et la patrie qui ne m’en témoignera jamais la moindre reconnaissance. » À l’armée, l’officier perçoit des rations de fourrages et de pain proportionnelles à son grade. Ces rations sont en général destinées à ses domestiques et son équipage ; s’il y renonce l’intendance, lui en verse la contrepartie en argent.

Pour illustrer précarité dans laquelle pouvaient se trouver des officiers réformés, accablés de dettes à l’issue de la guerre, voici ce que Barbier écrit dans son journal en mars 1749, après la guerre de succession d’Autriche :

« Il y a eu plusieurs ordonnances qui sont rapportées en extrait dans la Gazette de France, pour la réforme des troupes qui est plus forte qu’on ne l’a jamais fait dans ce pays-ci. On a supprimé entièrement au moins douze régiments et on a beaucoup diminué tous les autres. Cela met sur le pavé un grand nombre de jeunes gens qui servaient depuis quelques années dans les troupes en qualité de lieutenants, sous-lieutenants et même capitaines, et qui sont embarrassés après avoir été officiers, de prendre aucun autre état et qui n’ont plus ni paye, ni qualité, et qui se trouvent sans bien. Cela doit apprendre aux jeunes gens des familles bourgeoises, qui sont à portée de choisir différentes professions pour gagner leur vie, de ne pas se livrer si imprudemment au métier militaire qui les flatte d’abord par le brillant et la fainéantise, et dans lequel on obtient aisément des places en temps de guerre que l’on a besoin de troupes. Il n’y a pas le même inconvénient pour les soldats qui peuvent plus aisément retourner dans leurs villages, reprendre leur premier état et travailler aux terres qui deviennent incultes pendant la guerre.
Le Roi donne un mois d’appointements à tous les officiers réformés pour s’en retourner chez eux. On dit dans Paris deux histoires, l’une d’un lieutenant qui n’ayant que trente-trois livres pour retourner dans son pays qui était fort éloigné, et n’ayant d’autre habit que celui d’ordonnance, s’est mis à vendre du fromage dans la ville où était son régiment ; sur le reproche qui lui a été fait par ses anciens camarades et sur les réprimandes du commandant de la place, il leur a répondu tout simplement qu’il ne faisait rien contre l’honneur, qu’il aimait mieux faire ce petit commerce que de demander l’aumône en chemin et qu’il n’avait point envie ni de disposition à voler ; que quand il aurait gagné quelque chose pour sa route, il partirait pour son pays.
L’autre, d’un lieutenant bien bâti, qui ayant fait quelque action d’éclat avait été honoré de la croix de Saint-Louis ; ne sachant où donner de la tête, il s’est adressé à un capitaine aux Gardes françaises qui l’a reçu pour soldat. Ayant caché sa croix, étant du détachement pour monter la garde à Versailles, il a payé bouteille à son sergent ; il l’a prié de le poster dans l’endroit le plus apparent pour voir passer le Roi et toute la Cour, attendu qu’il n’avait jamais vu la Cour. Ainsi posté, entendant les tambours parce que le Roi allait sortir, il mit sa croix de Saint-Louis sur sa casaque. M. le duc de Chartres fut le premier qui s’en aperçut, il en fut surpris attendu que cela ne doit pas être. Il en parla au Roi, on fit demander au soldat de quel droit il avait la croix ; il rendit compte de son aventure, de ce qui lui avait procuré la croix et de son état présent. On dit qu’il a eu une pension de six cents livres. »

À la fin de la guerre de Sept Ans, on retrouve les mêmes souffrances, la même misère des officiers réformés. Même les officiers chanceux qui sont pensionnés ne perçoivent plus leur pension ou elle se trouve réduite.

JL
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Sam 27 Oct 2018 - 12:01

Génial, merci!
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Dim 28 Oct 2018 - 10:05

Juste pour préciser c'est un copier/coller bien sur, mais c'est d'un ouvrage dont je suis l'auteur.
Celui sur sur l'infanterie française de la guerre de Sept Ans fait près de 550 pages (organisation, uniformes, tactique ...). Pour le moment aucun éditeur ne semble intéressé, il est vrai que hors de l'Empire ces périodes de l'histoire suscitent peu d’intérêts.
JL
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Crevette
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Dim 28 Oct 2018 - 10:11

Heimdal peut-être?
Ils commencent à s'intéresser au Second Empire, guerre de Crimée et de 1870.
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Chevert
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Dim 28 Oct 2018 - 10:55

Oui, ce sont les seuls à être intéressés, mais de serait en se limitant essentiellement à la partie uniformologie, en deux fascicules. Et pas de nouvelles depuis des mois ...
JL
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PHG
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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   Lun 5 Nov 2018 - 9:51

]Merci beaucoup à tous pour votre aide précieuse et merci à notre cher Crevette d'avoir posé toutes ses questions pour mon master !


PHG

PS: Chevert, je peux peut-être vous aider en parlant de votre ouvrage à mon directeur de mémoire (Olivier Chaline) qui a beaucoup travaillé sur le sujet des armées de l'Ancien régime (son dernier ouvrage en date Les armées du Roi, Le grand chantier XVIIe-XVIIIe, Armand Colin, 2016).

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MessageSujet: Re: La vie interne au corps dans les armées de Louis XV   

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La vie interne au corps dans les armées de Louis XV
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