Salut !
Voici la copie d’une correspondance avec photographies (que je dois scanner), que j’ai eu avec un soldat allemand, prisonnier des américains en 1944 en Bretagne, qui démina en Normandie de 1945 à 1947.
J’ai rencontré cet ancien soldat, alors qu’il recherchait, il y a quelques années, courant 2002, sur Morteaux-Couliboeuf (Calvados – proximité de Falaise), les traces du camp dans lequel il était détenu.
Je me suis permis de remettre ses écrits dans l’ordre chronologique (sans toucher au texte par lui-même, traduits par un linguiste militaire) car il répondait à plusieurs de mes questions, d’ordres militaires, sociales ...
Cher Monsieur,
Avant d’arriver à Morteaux-Couliboeuf, je travaillais au déminage. C’est à dire que les prisonniers allemands devaient, après 1945, enlever toutes les mines que les allemands avaient posées en 1942. Ce travail était encore plus dangereux que celui avec les bombes. Beaucoup de prisonniers y ont trouvé la mort. Ma première affectation comme démineur a été à Belleville-Sur-Mer, à proximité de Dieppe. Il y avait là-bas un grand champ de mines, avec environ 4.500 mines, que nous avons déminé entre octobre 1945 et mars 1946. Deux camarades y ont trouvé la mort. Ensuite, j’ai été affecté à d’autres endroits comme Livarot, Lisieux, Caen et d’autres encore dont j’ai oublié les noms.
Le plus souvent nous étions gardés par des civils, armés d’un fusil. Ils s’en servaient parfois pour chasser. Pratiquement tous civils étaient d’anciens prisonniers de guerre en Allemagne. Ces hommes étaient compatissants avec nous car ils savaient ce que voulait dire être prisonnier. La majorité d’entre eux avait été bien traitée en Allemagne et parlait un peu allemand, et donc, ils nous ont bien traités également.
Je suis arrivé comme jeune soldat à Paimpol, en Bretagne, en 1943, à la 10ème compagnie du 897ème Régiment. J’avais 19 ans.
La Kommandantur était à Guingamp.
Devant Paimpol, à environ 500 mètres, il y a une presqu’île qui s’appelle Guilben. Sur cette presqu’île, les militaires allemands avaient érigé des fortifications pour empêcher le débarquement des forces alliées. Ces fortifications consistaient en des tranchées, des nids de mitrailleuses, une batterie de 75 mm et une batterie anti-aérienne avec un bi-tube de 20 mm. Jusqu’à la fin, nous avons travaillé à améliorer ces fortifications.
Le 17 août 1944, tous les occupants se sont rendus aux soldats américains, après qu’ils nous aient bombardé par air et au moyen de chars toute la journée. Quelques jours auparavant, des parlementaires de la résistance demandaient notre reddition, mais notre commandant a refusé, ne sachant pas ce qu’ils allaient faire de nous.
Lorsque nous fûmes faits prisonniers (environ 50 hommes), on nous a mis dans des camions américains et on nous a emmené. Je suis resté un an prisonnier des américains et en août 1945, à Cherbourg, j’ai été remis, comme tous les autres prisonniers, aux forces françaises. De Cherbourg nous avons été conduits sur Rouen, dans un camp plus grand.
Après quelques jours, on nous a emmené, une centaine de camarades et moi, à Fécamp. Là, on nous a formés au déminage, c’est à dire qu’on nous a montrés comment chercher les mines, sans danger. Un ex-soldat allemand du Génie nous faisait l’instruction.
Après une semaine de formation, trente camarades et moi avons été transférés à Belleville-Sur-Mer, c’était en octobre 1945. Nous logions dans une ancienne étable. De là, nous partions chaque matin au champ de mines qui commençait tout de suite derrière le village et s’étendait jusqu’à la mer. Le recherche des mines était très difficile et dangereuse, car tout le champ de mines était recouvert d’une herbe haute et de buissons. En hiver, lorsque l’herbe était sèche, nous y mettions le feu, ce qui nous facilitait le travail avec les appareils de détection. Malgré cela deux hommes ont été tués par l’explosion d’une mine. Le dimanche on ne travaillait pas et j’en profitais pour travailler chez un paysan du village, chez qui je mangeais bien.
J’ai ensuite été transféré à Morteaux-Couliboeuf, du 10 mai jusqu’à fin novembre 1947.
J’appartenais à un groupe d’une trentaine de détenus qui devaient déterrer les bombes non explosées dans la région. C’était un travail difficile et très dangereux. La majorité des bombes se trouvaient jusqu’à quatre mètres de profondeur. Souvent, il y avait de l’eau à cette profondeur et nous devions utiliser des pompes. A partir de deux mètres de profondeur, nous devions faire un coffrage et un soutènement afin d’éviter tout affaissement. Lorsque la bombe était dégagée, un artificier français arrivait pour la désamorcer. Il devait dévisser les deux détonateurs, un se trouvait à l’avant de la bombe et le second était à l’arrière. C’était le travail le plus dangereux, car la bombe pouvait exploser. Deux d’entre nous devaient toujours l’aider durant cette opération, et les autres reculaient pour se mettre à l’abri. J’ai participé plusieurs fois à ce dangereux travail et mon cœur battait très fort à chaque fois. Lorsque la bombe était désamorcée, elle était sortie du trou au moyen d’un treuil et emportée sur un camion.
Pendant cette année, mon groupe a déterré 56 bombes.
Une baraque en tôles, construite sur une prairie en périphérie du village faisait fonction de camp de prisonniers à Morteaux-Couliboeuf. Juste à côté, il y avait un petit ruisseau et là où il était large et profond, nous nous y baignions le soir. C’était l’été et lorsque nous revenions du travail, en fin de journée, en sueur et sales, c’était le meilleur moment de la journée. Malheureusement, lorsque mon épouse et moi-même avons visité le village, je n’ai pas retrouvé l’endroit où se trouvait la baraque en tôles. Depuis la fin de la guerre, beaucoup de choses ont changé. Pendant ce voyage en Normandie et en Bretagne, nous avons visité beaucoup d’endroits où j’ai vécu et travaillé quelques temps, quand j’étais prisonnier.
En fin d’année 1947, j’ai été transféré dans un camp de libération vers Rennes et de là, en janvier 1948, je suis rentré en Allemagne par le train.
Je suis content d’avoir survécu à cette époque pratiquement en bonne santé.
Souvent, je repense à cette époque difficile avec effroi car, dans les premières années d’après-guerre, la population française avait beaucoup de haine pour nous, allemands, et elle nous l’a fait souvent ressentir. Aujourd’hui, en y repensant, je la comprends. On ne peut qu’espérer et souhaiter que la vieille hostilité entre la France et l’Allemagne appartient pour toujours au passé.
Vive la France ! Vive l’Allemagne !