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 L'Augusterlebnis, selon Heisenberg

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Thème de collection : Insignes du IIIè Reich et des autocraties françaises
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MessageSujet: L'Augusterlebnis, selon Heisenberg   Jeu 6 Juil 2017 - 18:11


Werner Heisenberg était un physicien allemand (1901-1976), dont l'essentiel des recherches s'est porté sur l'infiniment petit, où le comportement de la matière diffère radicalement de celui du monde macroscopique.
Ceux d'entre vous qui s'intéressent à l'histoire de la Seconde Guerre Mondiale auront assurément entendu parler de lui pour son implication, encore sujette à controverse, dans l'Uranprojekt, programme de recherche sur les potentialités de l'énergie nucléaire, instauré par le gouvernement national-socialiste en 1939.
L'élaboration du principe d'indétermination (appellation jugée, arguments à l'appui, plus pertinente par Étienne Klein, que celle d''incertitude') est sans nul doute son fait d'arme le mieux connu.



Heisenberg a côtoyé les plus éminents théoriciens du XXème siècle. Il a fréquemment collaboré, en outre, avec le physicien danois Niels Bohr, qui scrutait lui aussi, non sans succès, le monde à l'échelle des protons et électrons.



Bohr et Heisenberg se sont maintes fois retrouvés pour vagabonder dans les paysages lacustres et boisés de l'Europe du Nord. Lors d'une excursion sur l'île danoise de Sjælland, un clair jour de 1924, Bohr, avide de discussions et soucieux de connaître à fond son jeune confrère, l'interrogea sur la situation qui alors régnait en Allemagne, en proie depuis des années à un cataclysme politique parfois sanglant, et plus généralement sur la mentalité allemande lors de la guerre.
L'enthousiasme belliciste allemand, ce "kollektiver Kriegsrausch", régulièrement évoqué lorsque l'on parle de l'année 1914, était-il concret ou à nuancer ?
Il m'a été d'avis qu'il serait fruitif de partager ici la brève lecture, distancée et subtile, que fait Heisenberg, l'un des plus brillants esprits du siècle défunt, de la complexe psychologie des foules - et en l'occurrence de ce point précis - exposée dans son ouvrage 'La partie et le tout', à la fois autobiographie, livre d'histoire et exposé de vibrants débats scientifiques et philosophiques. La conclusion de Bohr témoigne aussi d'une sagacité digne d'être lue.



Niels Bohr : << - On m'a souvent parlé de ces journées au cours desquelles la guerre s'est déclenchée. Des amis de ma famille se trouvaient en voyage à travers l'Allemagne au cours des premières journées d'août 1914; ils nous ont par la suite parlé de la grande vague d'enthousiasme qui s'était emparée du peuple allemand, et qui devait même emporter d'une certaine façon, mais en même temps effrayer, les étrangers présents en Allemagne à ce moment-là.
N'est-il pas curieux qu'un peuple parte en guerre dans une sorte d'ivresse, faite d'un enthousiasme authentique, alors qu'il ne devrait pas ignorer combien de victimes cette guerre entraînerait plus tard chez lui comme chez l'adversaire, et combien d'actes condamnables seraient commis des deux côtés ? Pouvez-vous m'expliquer cela ? >>

Werner Heisenberg : << - J'étais alors un écolier de douze ans, et je formais évidemment mon opinion à partir de ce que j'avais compris dans les conversations entre adultes, c'est-à-dire entre mes parents et grands-parents. Je ne trouve pas que le mot 'enthousiasme' décrive correctement l'état d'âme dans lequel nous nous trouvions alors. Personne parmi ceux que je connaissais ne se réjouissait des événements qui nous attendaient, et personne ne trouvait que la guerre allait être une bonne chose. Pour décrire en quelques mots ce qui se passait, je dirai : nous sentions tous tout d'un coup que les choses devenaient sérieuses. Nous sentions que jusque-là nous avions vécu dans une illusion de paix, et que cette illusion s'était d'un seul coup dissipée par suite de l'assassinat du prince héritier d'Autriche; et que maintenant une dure réalité se manifestait, une réalité à laquelle notre pays et nous tous ne pouvions pas échapper, et à laquelle il fallait faire face. C'est à cela que, avec une profonde préoccupation, mais de tout cœur, tout le monde chez nous s'est résolu. Bien entendu, nous étions convaincus du bien-fondé de la cause allemande; car, pour nous, l'Allemagne et l'Autriche avaient toujours formé un tout, et l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand et de son épouse par les membres d'une ligue secrète serbe était ressenti par nous, sans équivoque possible, comme une attaque contre nous-mêmes. Nous devions donc nous défendre, et cette décision, comme je viens de le dire, a été prise par presque tous les Allemands d'un cœur unanime.
Une telle levée en masse a effectivement quelque chose d'enivrant, d'irrationnel et d'effrayant. C'est ce que j'ai vécu moi-même en ce 1er août 1914. Je partis ce jour-là avec mes parents de Munich à Osnabrück où mon père était appelé à se présenter au centre de mobilisation en tant qu'officier de réserve. Partout, les gares gares étaient remplies de gens qui criaient, qui couraient dans tous les sens, qui parlaient avec une grande excitation; d'immenses trains de marchandises étaient décorés de fleurs et de branches, et chargés de soldats et d'armes. Jusqu'à la dernière minute, des jeunes femmes et des enfants entouraient les wagons; on pleurait et on chantait jusqu'au moment où le train quittait la gare. On adressait alors la parole à des gens totalement inconnus comme si on les avait connus depuis toujours; chacun aidait son voisin comme il le pouvait, et toutes nos pensées se dirigeaient à l'unisson vers le sort commun qu nous était réservé à tous. Je ne voudrais pas rayer cette journée de ma vie. Cependant, je me demande si cette journée incroyable, inimaginable, inoubliable pour ceux qui étaient là, avait quelque chose à voir avec ce qu'on appelle communément l'enthousiasme guerrier ou le plaisir de se battre. Je n'en sais rien; je crois que tout cela a été mal interprété plus tard, une fois la guerre finie. >>



<< Il est certain que nous autres Allemands avons commis beaucoup d'actes injustifiés dans cette guerre, de même que nos adversaires. C'est ce qui se produit toujours dans une guerre. Et je veux bien reconnaître que le seul tribunal compétent en la matière, à savoir l'histoire, a tranché contre nous. Par ailleurs, je suis encore trop jeune pour juger quels sont les hommes politiques qui ont commis des fautes, et quelles fautes ont été commises. Mais il y a deux problèmes qui concernent plutôt le côté humain de cette politique, et qui m'ont toujours inquiété. Nous avons parlé tout à l'heure du déclenchement de la guerre, et du fait que le monde se trouvait transformé aux premières heures de cette guerre. Les petits soucis quotidiens qui nous avaient préoccupés auparavant avaient disparu. Les relations personnelles qui s'étaient trouvées jusque-là au centre de notre vie - notamment les relations avec les parents et amis - devenaient secondaires vis-à-vis de la relation tout à fait directe qui s'établissait entre tous ceux qui étaient exposés au même sort. Les maisons, les rues, les forêts, tout avait un autre aspect qu'auparavant et, comme le disait l'historien Jacob Burckhardt, 'même le ciel présentait une autre teinte'. Mon meilleur ami, un cousin d'Osnabrück, plus âgé que moi de quelques années, devint soldat lui aussi. Je ne me rappelle plus s'il avait été mobilisé, ou s'il s'était engagé comme volontaire. La question ne se posait d'ailleurs pas. La grande décision était prise; tout homme qui était physiquement valide devenait soldat. Mon cousin n'aurait certainement jamais pensé à souhaiter la guerre ou à participer à des conquêtes en faveur de l'Allemagne. Cela, je le sais, car nous en avions discuté juste avant son départ. Il ne pensait pas du tout à de telles conquêtes, bien qu'il fût convaincu de la victoire allemande. Simplement, il savait que l'engagement suprême était maintenant exigé de lui comme de tous les autres. Si j'avais eu quelques années de plus, la même chose me serait sans doute arrivée. Mon ami est mort en France. A votre avis, aurait-il mieux valu qu'il pensât que tout ceci n'était qu'illusion, suggestion, ivresse, que cette exigence de l'engagement suprême ne devait pas être prise au sérieux ? Cette instance pouvait-elle être l'intelligence d'un jeune homme qui n'a même pas le pouvoir d'analyser avec précision toutes les corrélations politiques, et qui ne peut qu'enregistrer certains faits sans vraiment les comprendre, tels que l''assassinat de Saraïévo' ou l''invasion de la Belgique' ? >>

Niels Bohr : << - Ce que vous me dites là me rend très triste, car je crois en effet bien comprendre ce que vous voulez dire. Peut-être le sentiment qu'ont éprouvé ces hommes jeunes partis à la guerre avec la certitude de défendre une cause juste fait-il partie du plus grand bonheur humain que l'on puisse éprouver. Et il n'existe pas en effet d'instance qui pourrait encore dire 'non' à un moment comme celui que vous avez évoqué. Mais n'est-ce pas là une vérité effrayante ? Cette levée en masse, que vous avez vécue, ne présente-t-elle pas une certaine parenté avec ce qui se passe lorsque, à l'automne, les oiseaux migrateurs se rassemblent pour voler vers le sud ? Aucun de ces oiseaux ne sait qui décide de cet envol et pourquoi il a lieu. Mais chacun est saisi par l'excitation générale, par le désir de participer; et ainsi, chacun est heureux de prendre part à la migration, même si, pour beaucoup de ces oiseaux, elle signifie la mort. Chez l'homme, le processus analogue a ceci d'extraordinaire que, d'un côté, aucun libre arbitre n'y a sa place : ce processus s'impose comme un incendie de forêt, comme un phénomène obéissant uniquement aux lois de la nature; et d'un autre côté, il produit dans l'individu qui le vit un sentiment d'extrême liberté. L'homme jeune qui participe à la levée en masse a rejeté toute la charge des soucis et des préoccupations quotidiennes. Là où il s'agit de la vie et de la mort, les considérations de moindre importance, qui ont pu jusque-là rétrécir la vie de l'individu, ne comptent plus; il n'y a plus besoin de tenir compte d'intérêts subordonnés.
Là où un seul objectif, à savoir la victoire, mobilise toute l'énergie de l'homme, la vie paraît simple et claire comme jamais auparavant. Il n'existe sans doute pas de plus belle description de cette situation unique dans la vie d'un jeune homme que le chant des cavaliers dans le Wallenstein de Schiller. Vous en connaissez les paroles finales :

'Et si vous n'engagez pas votre vie, jamais la vie ne vous appartiendra'.
(Und setzet ihr nicht das Leben ein, nie wird euch das Leben gewonnen sein)

Ceci est sans doute profondément vrai. Mais malgré cela, ou plus précisément à cause de cela, nous devons faire tous nos efforts afin d'éviter les guerres; et, dans ce but, la première chose à faire est d'essayer d'éviter que ne naissent les situations de tension qui produisent ensuite les guerres. >>

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MessageSujet: Re: L'Augusterlebnis, selon Heisenberg   Jeu 6 Juil 2017 - 20:42

Bonjour,

Cela sonne comme une évidence, et rappelle les propos tout à fait comparables de témoins Français de la même époque, à l'éducation assez aboutie pour autoriser la distanciation........
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Son-nen-li-cht
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MessageSujet: Re: L'Augusterlebnis, selon Heisenberg   Ven 7 Juil 2017 - 21:13

Merci pour votre lecture Smile Il faudrait que je me plonge davantage dans ce genre de témoignages que vous évoquez
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MessageSujet: Re: L'Augusterlebnis, selon Heisenberg   

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