Les pompiers pyromanes de l'ALN
Bien sûr , nous n'aurons jamais un ordre de mission signé de Boumédienne. Mais Mohamed Harbi a écrit : L'Etat -major a une vue cynique des choses ; il désire ruiner l'autorité du GPRA ; avec Ben Bella, il ne reculera devant aucun procédé pour se saisir du pouvoir.
Et le garder…La suite l'a prouvé ! S'il etait besoin d'autres preuves de ces assertions, la crise ayant éclaté au grand jour, nous avons retrouvé dans la presse des communiqués moins confidentiels que le nôtre : tandis que le " groupe de Tlemcen " faisait appel à l'Etat major " pour rétablir l'ordre et la sécurité à Alger ", un communiqué des willayas III et IV " accusait un réseau dirigé par Yacef Saadi " de tirer sur les djounouds, espérant profiter de la confusion pour occuper la capitale et préparer l'arrivée des bataillons de l'ex Etat major " (Le Monde). Ils ne purent y pénétrer que le 9 septembre . Idem un message " géné-super " de l'armée française signale des tirs et des provocations dans les quartiers de l'Agha et des facultés à Alger ; des cris incriminant l'OAS auraient aussi été entendus ! Mais le procédé qui avait si bien réussi à Oran fit long feu…Dans cette ville, l'avancée de l'ALN du Maroc (qui dût cependant réquisitionner camions et bus privés) venue " rétablir l'ordre " en pompiers pyromanes avait été avalisée par un GPRA abusé qui, dans un communiqué du 6 juillet, annonce " une attaque de l'OAS " avancée dans un premier temps par les benbellistes d'Oran, argument vite abandonné pour incriminer ensuite des " des bandes anarchiques "(6)
Les victimes du 5 juillet boutées hors de l'histoire
Ce troisième volume de l'Agonie d'Oran se veut plus technique que les précédents, chiffrant les effectifs, énumérant les unités des forces Françaises présentes à Oran, situant leurs cantonnements imbriqués dans la ville, à proximité des premières exactions : 18000 hommes strictement consignés, comme le rappellent plusieurs fois les journaux de marche (JMO) de certaines unités, qui relatent avec parcimonie ce qu'elles ont pu voir de " leurs balcons " Certaines sont intervenues parfois pour ouvrir leurs portes aux fugitifs ou en cas de légitime défense patente, comme à la gare d'Oran. (7)
Il faut tout de même signaler une initiative remarquable : celle du lieutenant Khéliff qui intervint avec son unité loin de sa base. Le général Katz, chef du secteur autonome d'Oran se raccrochera plus tard à ces quelques rares mais précieuses interventions d'initiatives " humanitaires " en se couvrant derrière des " ordres supérieurs ", venus du sommet de l'Etat. Il n'en reste pas moins que madame de Ternant, ordonnatrice de l'ouvrage, a raison d'écrire :
C'est le seul exemple dans l'Histoire, d'un massacre perpétré sur une communauté sans défense en présence de son armée qui laisse assassiner et enlever ses ressortissants sans intervenir.
Et elle pouvait ajouter d'une armée invaincue !
Selon le vote unanime de l'Assemblée Nationale, la guerre d'Algérie a officiellement cessé le 2 juillet 1962.
Ce n'est pas une raison pour bouter hors de l'histoire les victimes du 5 juillet à Oran
Par Jean-François PAYA Ancien combattant d'Algérie classe :/54
En service à la Base de Mers-el -Kébir jusqu'à fin 1964
(1) Victimes tuées sur place où enlevées et déclarées " disparues " 800 selon JP Chevènement, attaché militaire au consulat d'Oran dans un ouvrage en 1977 / 440 plaintes déposées à ce consulat sachant q'une plainte pouvait recouvrir plusieurs personnes. Plus (+) de nombreux hommes non déclarés ( isolés ; familles déjà parties en France )
(2) 12 000 militaires Français intra-muros + garnisons extérieures Marine et Air détail des unités dans le livre 3 " l'Agonie d'Oran "
(3) Il faut préciser que dépourvue de moyens logistiques de transport après réquisition de camions et bus privés et publics dans la zone intérieure, l'ALN des frontières arriva le Dimanche 8 Juillet à Oran.
(4) Premiers tirs sur le défilé à 11h15 précise, selon plusieurs témoins militaires et Algériens dont le commandant du service social des Armées Bd Joffre (livre 1 " agonie d'Oran ")
(5) Note de renseignement 1226 B2 classifiée secret /confidentiel /Communiqué de l'Etat Major de l'ALN du 5 Juillet 1962 (texte intégral dans "agonie d'Oran " 3 )
(6) Le capitaine de l'ALN, Bakhti organisa le 10 juillet un montage médiatique pour tout mettre sur le dos d'un chef de bande pseudo Attou qui évoluait après le 19 mars dans les quartiers sud-est d'Oran ;
(7) Seul accrochage sérieux avec une section du 8ème Rima en faction à la gare qui fit plusieurs victimes du côté Musulman (très édulcoré des 2 cotés)
Autres sources :
(

Note aux chefs de Corps n°99 /saor/3/ope du 20 juin signée général Katz qui prévoit l'usage de la " légitime défense " y compris pour les ressortissants Français après le 3 juillet (non appliquée sur l'ordre du pouvoir central la veille de l'indépendance, avec l'ordre strict de consigner les troupes)
(9) Bulletin de rens n° 1512 du 12 /7/62 classé/secret révélant enfouissement de cadavres au bull-dozer avec photos d'hélicoptère zone du petit lac sud-est d'Oran Mais aucune enquête officielle ; 44 ans après on procède enfin à une recherche du nombre des victimes sur la base de documents partiels en sachant que certains historiens algériens reconnaissent au moins 2 charniers au " Petit Lac " et au cimetière Tamazouet .
COMPLEMENT TRANSMIS PAR L'AUTEUR (avec autorisation de publier)
Pour mémoire : article cité "pour en savoir plus" p 81 du n° 231 d'Avril 1999, revue l'HISTOIRE, sans aucun démenti depuis cette diffusion
ref : / note de rens 1266:B2:sec-conf /odj EMG ALN du 5 juillet 62 prouvant le complot (voir ci dessous)
ref :/ bulletin rens 1512 du 12/7/62 class/secret/enfouissement cadavres bull-dozer zone du petit lac Oran /
Photos d'hélicoptère, note 99 du 20 juin /Katz citée avec liste unités. Par contre aucune trace d'enquête officiélle.
La mienne ne fut pas agréée (resté à la base de Mers-el Kébir jusqu'en 1965)
JF PAYA Historien (tous documents disponibles)
" Difficile de trouver un chat noir dans une pièce noire, surtout lorsqu'il n'y a pas de chat "
proverbe chinois à propos des archives
Les Forces françaises en présence à Oran le 5 juillet 1962, passibles de non-assistance à personnes en danger
En fonction des Archives militaires et des destinataires des circulaires du Commandement du " Secteur Autonome d'Oran " nous pouvons donner la liste des unités et des effectifs (18 000 hommes) présents à Oran ce jour-là. Lorsque l'on pense que sur presque un millier d'officiers présents on peut compter sur les doigts d'une ou deux mains maximum ceux qui ont eu le courage de transgresser les ordres, on reste sidéré, car certes, il y eut le Général Katz obéissant avec zèle à De Gaulle mais le reste ne fut pas particulièrement glorieux, le plus hardi étant le lieutenant FSNA Kheliff commandant de Compagnie du 30è BCP qui mena une action longue et loin de sa base sans bien connaître la ville d'Oran. Pourtant les risques pour la "carrière" étant moins graves (avec en plus un prétexte d'assistance à personne en danger) que ceux pris par d'autres précédemment en rupture de ban avec l'Armée gaullienne ! (comme le lieutenant Kheliff qui passa bien Capitaine après une mutation en métropole).
Liste des unités présentes à Oran, et à proximité, le 5 juillet 1962
Secteur Oran Ville
----- 3 Régiments d'Infanterie + 1 bataillon : 5è RI - 21è - 67è - 3/43è RI -
----- 3 Régiments d'Infanterie de marine + 3 Bataillons : 8è RIMA - 22è - 66è -1/2è - 1/75è - RIMA - 1/2è RAMA
----- 2 Régiments de Zouaves : 2è et 4è Zouaves
------ 1 Régiment de Cuirassiers : 3è Cuirassier
----- 3 Bataillons de Chasseurs Portés 10è - 29è - 30è BCP
----- 2 Bataillons RA : 1/27è et 324è RA
----- 2 Groupements GAAL : 452è et 457è
----- Enfin 23 escadrons de Gendarmerie Mobile
A cela il faut ajouter les éléments de l'Armée de l'Air basés à la Sénia et de la Marine à Mers-el-Kébir, Arzew et Tafaraoui (Aéro-Navale).
-----Soit une garnison totale de 18 000 hommes dont 12 000 sur le seul secteur d'Oran -Ville cantonnés sur plusieurs sites, casernes, lycées, collèges, stades, écoles imbriqués dans la ville à proximité immédiate des événements tragiques qui ont eu lieu.
En fait ce 5 juillet à Oran fut ponctuellement la journée la plus sanglante depuis le début de la guerre d'Algérie à nos jours malgré ce qui s'y passe encore en 1998.
Mais elle a surtout le triste privilège d'être un cas unique dans l'histoire où une armée sur le terrain en place à proximité de ses ressortissants civils désarmés et pacifiques les laisse se faire massacrer par des éléments étrangers sans intervenir (sauf cas rares et isolés).
Si on doit reparler du 17 octobre 61 à Paris qui a eu lieu en pleine guerre d'Algérie alors que le FLN était encore " l'ennemi officiel " pourquoi, pas de cette journée occultée par l'historiographie gaullienne et FLN, qui a eu lieu après la fin supposée de toutes les hostilités et en voie d'effacement de notre histoire avec son millier de victimes identifiables et appelées hypocritement "disparus".
D'autre part cette journée fut un des actes fondateurs de l'Etat Algérien dans sa composante militaro-mafieuse manipulatoire et provocatrice dont les effets sont plus que jamais présents à ce jour.
Le communiqué de l'Etat Major Général de l'ALN diffusé au matin du 5 Juillet aux cadres ne fait aucune référence à cette journée comme historique. Sur 3 pages, il explique pourquoi le GPRA qui l'a dissous "a failli à sa mission en bafouant la légalité sur tous les plans "aprés une référence appuyée aux accords d'Evian ! Il cite la date du 1er Juillet "où le peuple s'est prononcé" comme historique proclamant que le GPRA "est incapable de maintenir l'ordre" .
Il se propose de le faire en allant "protéger la minorité Européenne" alors qu'on ne sait pas encore ce qui se passe à Oran !
Il faut préciser que dépourvu de moyens logistiques de transports aprés réquisitions de camions et bus privés dans la zone Tlemcen-Ain-Témouchent, l'ALN des frontiéres arriva à Oran le dimanche 8 Juillet et rétablit effectivement l'ordre tout en prenant le pouvoir. Pour Alger, ce fut une autre histoire. Elle n'y entra qu'en Septembre aprés des combats avec les willayas 3et 4 au niveau d'Orléanville et une négociation.
NB : Personnellement j'adhère à la thése défendue aussi par certains historiens Algériens selon laquelle De Gaulle avait choisi de favoriser l'accession au pouvoir du clan d'Oujda.
J-F PAYA
Olivier.